Vous avez déjà sûrement entendu parler des lycéens ou collégiens qui pratiquent l’hypnose sur leurs camarades de classe. On peut déjà remarquer que les journalistes s’emparent de ces faits lorsque ceux-ci contiennent un scénario dramatisant, et en profitent. Ainsi, l’image de l’hypnose se dégrade petit à petit, mais surtout avec les jeunes. Aujourd’hui, je suis là afin de partager mon point de vue sur les plus jeunes.

Mon expérience personnelle

Je ne vais pas revenir sur ces articles, néanmoins, étant concerné par le sujet, je vais un peu partager avec vous mon expérience.

Tout a commencé en 2009, alors que j’avais neuf ans, j’ai entendu parler d’hypnose à la télévision, et j’ai été rechercher quelques informations sur Internet. Pour vous dire, aujourd’hui, on trouve des vidéos d’hypnose, de Street-hypnose, du moins il y a du contenu.

En 2009, c’est différent : En fait, je suis même tombé sur un site qui expliquait comment hypnotiser quelqu’un, mais ça a plus l’air d’un rituel que d’une séance comme on peut faire dans la rue ou entre amis. Du coup, faute de trouvailles, j’ai dû laisser ma soif d’apprendre de côté.

On fait donc un bond dans le temps pour atterrir en Janvier 2014. J’avais 13 ans, j’étais en 3ème , et j’ai donc recommencé à fouiller sur Internet tout ce qui traitait d’hypnose. Et franchement, c’était plus pareil du tout. Là je suis tombé sur plein plein de vidéos, certaines dans la rue. Et je suis tombé sur une vidéo intitulée « Hypnotisée en moins de 5 secondes » (Ça vous rappelle quelque chose, non ?).

Et donc j’ai atterri sur le blog de Street-hypnose. Après avoir lu l’article concernant la vidéo avec les explications dedans, j’ai vu « Forum communautaire », et ni une ni deux, je me suis inscrit, et là, j’étais aux anges !! Pour moi, j’étais dans la caverne d’Ali-baba. Tout ce dont j’avais besoin pour apprendre l’hypnose était dans le forum. Alors, j’ai veillé tard ce soir là, et j’ai pu faire connaissance avec le Pré-Talk, quelques inductions, et avec le réveil.

Cette semaine là, comme je faisais du tir à l’arc et du Judo, j’ai pu m’isoler avec un ami avant de partir. Je me suis lancé, et je lui ai parlé d’hypnose, mais en faisant comme si je pratiquais depuis longtemps, et j’ai enchaîné sur un Pré-talk. Je vous rassure, il était volontaire et avait très envie d’essayer.

Alors, j’enchaîne avec des tests de suggestibilité, et une induction. Après avoir approfondi -comme j’avais lu sur le forum-, je tente ma première catalepsie. J’étais super content, et en réalité, je me disais que ça n’allait pas marcher, que je faisais pas assez comme sur les vidéos, mais si, ça a marché. Malheureusement, nous n’avions plus beaucoup de temps, alors j’ai fait un réveil…

Le soir même je suis retourné fouiller sur le forum, tout content de ma journée. Et tout a vraiment commencé le lendemain. J’étais donc en 3ème, dans un petit collège, environ 350 élèves. Donc tout le monde se connaissait à peu près. Un de mes amis m’a demandé à me parler dans un coin, et alors là, super coïncidence : il m’a parlé d’hypnose (je ne m’y attendais vraiment pas sur le coup). J’étais super excité à l’idée de pouvoir pratiquer. En fait, comme on se disait tout, j’ai pu lui annoncer que je commençais à pratiquer, que moi aussi je m’intéressais au sujet, et il m’a demandé de l’hypnotiser. J’en ai profité.

Nous nous sommes assis, j’ai réitéré la séance de la veille, sauf que je me suis permis de lui ôter son prénom et quelques chiffres de la tête, et d’essayer quelques suggestions. J’ai même pu faire des hallucinations. Tout fonctionnait à merveille. Il était super réceptif et moi j’étais super content.

Du coup, comme dans la rue, plusieurs élèves se sont approchés. J’ai pu enchaîner plusieurs séances, c’était vraiment cool. Un surveillant du collège s’est approché : deuxième coup de chance, il avait déjà été hypnotisé et était plutôt averti sur le sujet. Il est resté autour, en veillant au bon déroulement des séances. Bref, j’ai pu continuer à pratiquer pendant quelques semaines comme ça. En fait, la dernière semaine avant les vacances, le surveillant en question m’a demandé de cesser la pratique. Je n’ai pas contesté, en fait, j’étais quelque peu content que ça cesse : un groupe d’élèves m’avaient demandé de faire une séance, mais pas dans le bon état d’esprit, je parle de ceux qui disent : « Ouais vas y tente sur moi, je suis sûr que ça ne marche pas ton truc ».

Du coup, je ne l’ai remarqué que lorsqu’ils ont commencé à se moquer de moi… Bon depuis ce jour, j’ai évité ces élèves.

Ne pouvant plus pratiquer au collège, j’ai commencé à pratiquer dans le bus…. Oui , dans le bus, le matin et le soir, j’avais 45 minutes de bus pour aller et revenir du collège. Je pratiquais donc. Mes parents savaient que je fréquentais des forums sur l’hypnose, mais ne savaient pas que je pratiquais. En fait, un soir dans le bus, j’ai hypnotisé les fils du kinésithérapeute de ma sœur, qui avait rendez-vous quelques jours plus tard.

Quelques jours plus tard m’est arrivé un problème. Pour faire simple, au lieu de prendre le bus je devais attendre mon père à un endroit , une demi-heure après la fin des cours. Du coup, j’ai fait une séance sur un banc avec des amis. Le lieu était entouré de pins, il y avait donc une petite odeur de forêt. Lorsque j’ai fait mon induction, j’ai suggéré à mon volontaire de se servir de l’environnement où nous étions pour aller dans un endroit ou il se sent bien, et pas de chance, il s’est mis à pleurer… A l’époque, j’ai cru à une crise d’angoisse, et je ne sais toujours pas pourquoi, mais la première chose que j’ai faite c’est de prendre mon volontaire dans les bras, je ne saurais pas expliquer pourquoi. C’est venu tout seul. Après l’avoir calmé, j’ai fait un réveil. Il m’a expliqué que le lieu où il avait atterri n’était autre que chez feu son grand-père, qui habitait avec sa grand mère dans une maison au milieu des pins. Aujourd’hui, je sais que c’était une abréaction, déclenchée par un facteur olfactif qui n’était autre que l’odeur des pins.

La soir quand je suis rentré, ma sœur avait été chez le kinésithérapeute et m’attendait avec ma mère, puisqu’elles étaient au courant de mes pratiques. Je m’attendais à me faire botter les fesses, mais non. Ma mère était super fière, mon père s’en fichait. Ma mère m’a demandé de l’hypnotiser mais j’ai refusé parce que je n’étais pas assez crédible pour son inconscient puisque j’étais son propre fils -En fait, c’était à cause de l’abréaction…-, et que ça ne marcherait pas. J’étais effrayé par ce qui s’était passé. Et sur le forum, je commençais à voir des sujets à propos de l’éthique et des jeunes. En colère, j’ai dû partir du forum en promettant de revenir pour mes 16 ans raconter ce que j’avais à dire, et donc je suis revenu plus tôt que prévu… Mais c’est pas grave !

Aujourd’hui, j’ai 15 ans, je suis en première. Interne dans un lycée, j’ai parfois l’occasion de faire une séance dans les chambres d’internat. Sans attirer l’attention.

L’éthique avec les plus jeunes

 

En réalité, sur le forum, j’étais mal vu à cause de mon âge : « Qu’est ce qu’un jeune de 13 ans vient faire sur un forum d’hypnose ? » Aujourd’hui c’est déjà moins le cas. Le problème avec les plus jeunes n’est pas l’éthique. Lorsque je pratiquais au collège, je m’étais forgé une éthique que je m’efforçais de respecter. Je comprenais qu’on ne pouvait pas se permettre de faire n’importe quoi. Là n’était pas le problème. Je comprenais bien ce qu’était l’éthique, pourquoi il fallait une éthique, et surtout, pourquoi c’était important de forger la sienne.

Cependant, il y a quelque chose qui m’échappait :

Comme je l’ai dit, je faisais du Judo.

Un soir, pour l’anniversaire d’une amie, j’ai fait une séance sur le tatami (ses parents étaient là, je leur ai demandé), j’ai même pu essayer une écholocation… (Pouvoir situer la source d’un son, sans la voir)

On a enchaîné sur un colin-maillard (On bande les yeux de quelqu’un et la personne doit nous trouver sans nous voir). La suggestion marchait à merveille. J’ai pu terminer la séance, les parents de mon amie étaient contents. Moi aussi j’étais content, mes profs de judos étonnés.

Aujourd’hui, je ne pourrai pas refaire ça. Je ne m’en rendais pas compte, mais imaginons qu’un des deux parents soit mal informé sur l’hypnose :

-Sérieusement, des gamins de 14 ans qui font ça ! Et ça peut aller jusqu’où ?

-Est-ce que ça peut être dangereux ?

Je vous laisse imaginer la suite. Tous les préjugés sur l’hypnose aujourd’hui peuvent être utilisés ici. Quand on a 13 ans, on ne voit pas l’utilité de l’éthique à cette échelle. L’éthique, pour moi, est un code moral qui sert à se donner des limites et à pratiquer l’hypnose dans le respect, la sécurité et la bienveillance.

C’est pour ça, qu’aujourd’hui, mon éthique est de plus en plus restreinte, et parce que je suis jeune, j’ai besoin d’expliquer encore plus qu’avant qu’on ne fait pas ce qu’on veut avec l’hypnose.

Parce qu’il faut changer l’image des choses, et que le fait que l’hypnose soit pratiquée par des plus jeunes peut paraître dangereux aux yeux de certains.

Et parce qu’il n’y a pas que l’éthique qui rentre en compte…

 

Imaginez un instant qu’un de mes volontaires ait fait une mauvaise chute en pleine séance ?

Qui assume les responsabilités ? Le collège, mais c’est moi qui aurait été sanctionné par derrière. Ou même, si j’avais mal réagi lorsque mon volontaire a fait une abréaction ? Ce n’est pas le collège qui aurait assumé, ce sont mes parents, et moi.

Comme quoi, quand on a 13 ans, cela ne nous traverse pas une seule fois la pensée.

En fait, je ne faisais (et encore) attention qu’à ce que je trouvais sur le forum. Je suivais les conseils que je trouvais, mais je ne pensais pas vraiment par moi même aux risques.

Quand on est plus jeune, on ne considère pas les problèmes puisqu’on a pas souvent l’occasion d’avoir des responsabilités. Pour moi hypnotiser était un jeu, surtout que le cadre de la Street-hypnose est ludique, donc il est plutôt difficile de bien prendre en compte tous les risques.

Mais du coup, comment réagir ?

 

Certains pourront dire qu’il faut mieux encadrer les plus jeunes. Je répondrais oui et non.

Si vous vous engagez à apprendre aux plus jeunes la pratique afin qu’elle soit la meilleure possible pour minimiser les risques, oui, mais vous serez contraints à un moment de dire de ne pas faire quelque chose (Exemple : Pratiquer dans le milieu scolaire); le simple fait de dire de ne pas le faire incite à le faire.

Non, il faut trouver un moyen d’attirer les plus jeunes, pour mieux encadrer. Et surtout, une chose : Lorsque je suis arrivé sur le forum, je voyais des personnes parler d’éthique… Mais au final, la seule définition que j’ai est celle que j’ai créé, elle est au dessus :

L’éthique, pour moi, est un code moral qui sert à se donner des limites et à pratiquer l’hypnose dans le respect, la sécurité et la bienveillance.

J’ai longtemps réfléchi à une solution : Oui, il faut encadrer, mais non il ne faut pas empêcher, il faut juste accompagner.

A vrai dire, avant l’abréaction de mon volontaire, pour moi tout allait bien. Et c’est vraiment là que ça a fait tilt. Il fallait que réfléchisse à l’utilité de l’éthique, parce que, ce que je n’ai pas dit, c’est que ceux qui étaient autour de mon volontaire quand il a fait l’abréaction étaient vraiment inquiets… Et le vendredi matin, certaines personnes venaient me voir en disant que ce que je faisais était dangereux, que ça ridiculisait les gens. Heureusement mon volontaire était avec moi pour attester que c’est lui qui s’est mis à pleurer et que ça lui a vraiment fait du bien.

Sur la question des jeunes avec l’hypnose, on ne pourra pas empêcher la pratique de l’hypnose. Quelque part, ce n’est pas plus mal, puisque cela permet d’ouvrir encore plus le monde de l’hypnose. Par contre, il faut accompagner au maximum les jeunes, ne pas les juger trop vite, ne pas les laisser tomber, surtout au moment où ils se rendent compte de l’importance des responsabilités d’un hypnotiseur dans la rue, ou ailleurs, et qu’hypnotiser, ce n’est pas seulement faire de l’hypnose, c’est aussi savoir prendre ses responsabilités.