Avez-vous peur du silence ?

L’une des peur de l’hypnotiseur qui débute, celui qui a vu tout plein de vidéos d’autres débutants où le flot de parole semble ininterrompu et rapide, est que le volontaire sorte de transe s’il venait à se taire trop longtemps. Derrière cette peur se cache inévitablement de nombreuses croyances limitantes, dont la principale pourrait se résumer à : « si j’arrête de parler, le volontaire va se concentrer sur autre chose et sortir de transe ». Je le constate à chacune des formations que je donne ; mes stagiaires semblent tellement impliqués et nerveux qu’ils ne peuvent s’empêcher de vouloir combler tous les vides. Alors, pour se rassurer, ils répètent la même suggestion un nombre incalculable de fois, comme si elle allait mieux être acceptée au bout de la dixième fois. Le plus drôle dans l’histoire, c’est que si effectivement elle passe mieux au bout de la dixième fois, ce ne sera pas grâce à la répétition, mais simplement grâce au temps qui se sera écoulé entre la première et la dernière répétition. Si l’hypnotiseur en herbe avait donné sa suggestion et s’était tu, le résultat aurait été exactement le même, si ce n’est meilleur encore.

Quels sont alors les intérêts à rester silencieux ?

Le silence comme approfondisseur de transe

Quand vous tombez sur une personne hyper réceptive, les mécanismes et processus inconscients sont déjà préparés et peuvent vous donner satisfaction en donnant vie presque instantanément à vos suggestions. Et ma conviction, vous le savez, est qu’être hypnotisé s’apprend. Soit par nos expériences de vie, soit grâce à un hypnotiseur qui va prendre le temps de nous aider à trouver la bonne voie. Il n’y a pas de secret, tout dépend du temps que l’on y consacre et de la qualité de l’hypnotiseur.

Si vous êtes avec un volontaire visiblement moins réceptif à vos suggestions, et pourtant demandeur d’aller plus loin, il va falloir faire preuve d’un peu de patience et de créativité pour créer le déclic recherché. Et c’est là que l’état d’esprit que j’essaie de vous transmettre prend toute son importance. Si votre objectif est juste d’avoir des amnésies et des hallucinations, alors passez votre chemin. Sélectionnez les plus réceptifs dans la rue avec des tests du type doigts collés, et amusez-vous. En revanche, si vous souhaitez que tous vos volontaires puissent vivre une jolie transe hypnotique et repartir convaincu de cette force qui sommeillait en eux jusque-là, alors l’apprentissage du bon état d’esprit en tant qu’hypnotisé demandera plus de temps pour certains. Et paraphraser les même suggestions vingt fois ne changera rien au résultat. Une fois que vous avez essayé le clean language ou toute autre technique vous permettant habituellement de contourner les résistances, je vous assure que le silence sera l’outil infaillible et ultime. Sa seule faiblesse : votre impatience (ou celle de votre volontaire).

Comment réussir à prolonger le silence ?

cela peut paraître très simple pour certains, et de l’ordre de l’impossible pour d’autres. Il suffit pourtant d’apprécier le silence.

Le silence est une ouverture vers soi-même, et aussi une connexion à l’autre. Vivez le silence non pas comme un temps perdu, mais comme l’opportunité de converser autrement. L’occasion pour vous de travailler votre intention, de communiquer différemment.

Que ce soit en tant qu’hypnotiseur ou hypnotisé, pour accepter le silence, il faut lui donner un objectif bien précis. A quoi sert ce silence ? Une bonne communication hypnotique doit toujours garder en ligne de mire l’objectif. Si l’objectif est de coller les pieds au sol de mon volontaire, alors le silence prend alors tout son sens. Si en revanche vous ne savez pas quoi dire, et que mentalement votre objectif principal sur le moment est de meubler pour ne pas laisser de blanc de peur que la personne sorte de l’état d’hypnose, alors, paradoxalement, vous aurez atteint votre objectif en parlant sans vous arrêter. Mais je ne crois pas que ce soit ce que vous vouliez au final…

Combien de temps doit durer le silence ?

Tout dépend :

Le déclencheur inconscient

« Je vais laisser tout le temps nécessaire à ton inconscient afin qu’il puise les ressources positives à l’intérieur de toi nécessaires pour que le bras se lève automatiquement et involontairement. Et je resterai silencieux jusqu’à qu’il ait terminé, et que le bras se mette à monter effectivement. »

A ce moment là, vous pourriez imaginer qu’il faut une grosse dose de confiance en soi pour se taire quelques fois plusieurs minutes avant que le résultat n’apparaisse. Je vous répondrais que c’est en votre volontaire que vous devez avant tout avoir confiance. En l’Humain de manière générale. Travaillez votre intention, ce que vous dégagez. Quand vous transpirez l’idée que cela ne peut pas échouer, alors le bras se lèvera.

Un temps limité

« Je vais me taire pendant les prochaines 30 secondes, et j’aimerais que tu profites de tout ce temps pour plonger encore plus profondément à l’intérieur de toi. Que tu puisses voir tout ce qu’il y a à voir, entendre tout ce qu’il y a à entendre, et ressentir profondément chaque sensation… »

Pendant ces 30 secondes, le volontaire sait ce qu’il a à faire. Pas besoin de parler, parler, parler… Laisser le volontaire se recentrer sur lui-même, imaginer diverses choses à volonté, aura très souvent tendance à approfondir la transe de manière considérable.

Un déclencheur conscient et intuitif

« Lorsque tu as bien imaginé la métaphore dans les moindre détails et que tu es persuadé que tes pieds sont bien collés au sol, alors j’aimerais que tu testes à quel point tes pieds sont impossibles à décoller ».

Là encore, que ce soit 5 secondes ou 20 secondes plus tard, le silence est d’or. Parce que lorsque le volontaire essaiera de décoller ses pieds, votre suggestion était que c’était parce qu’il était persuadé que ses pieds étaient bien collés au sol. Vous avez donc tout intérêt à prolonger le silence et à faire totale confiance à la petite graine que vous avez plantée juste avant.

Le silence « Ericksonien »

Celui que vous connaissez peut-être le mieux, c’est le silence qui confusionne, celui qui recadre, celui qui déclenche des ambiguïtés.

« Et maintenant, vous pouvez continuer à aller encore plus profondément, si proche …

[silence]…  de cette solution. Et votre inconscient peut d’ores et déjà vous autoriser …[silence]… à vous sentir bien …[silence]… et il va vous emmener …[silence]… avec bienveillance …[silence]… là où vous avez besoin d’aller. »

Un temps de calibration et de ratification

Les temps de silence sont un bon moyen de se concentrer encore plus sur notre volontaire. Hors de question d’être sur son téléphone, de discuter avec des personnes autour pendant le silence. Ce serait contre productif. Il faut que le rapport soit maintenu. Et je vous encourage alors à observer la moindre micro-expression et à la ratifier si nécessaire. Selon moi, de courtes ratifications peuvent entretenir le silence et le rendre encore plus productif. Par exemple, si vous avez demandé à ce que le bras se lève et que vous voyez un doigt bouger tout seul, comme un spasme inconscient, alors vous avez tout intérêt à le ratifier et à encourager la personne à continuer dans cette bonne trajectoire. Cela peut être aussi simple que : « très bien, comme ça ».

Et pourtant, quelques fois, ne pas se taire fonctionne tout aussi bien

Quand vous sentez que le rapport que vous êtes en train de créer avec votre volontaire est fragile, que la personne est facilement distraite et qu’elle ne semble pas comprendre l’état d’esprit nécessaire pour se faire hypnotiser, alors je pourrais éventuellement mettre un bémol à tout ce que j’ai dit plus haut. Je préfère alors aiguiller petit à petit la personne dans la bonne direction, surtout si elle est vraiment volontaire mais ne sait juste pas quoi, ni comment faire. Dans ce cas, je vais la guider à travers la créativité de son imagination en donnant beaucoup de suggestions les unes à la suite des autres, en lui permettant de les modifier à l’infini, tout en la guidant petit à petit dans une concentration de plus en plus appuyée. Qu’en résumé, elle se déconnecte petit à petit de l’environnement extérieur et fasse de plus en plus confiance à sa capacité d’imagination. En général, je vais utiliser le clean language, en empilant de nombreuses métaphores jusqu’à que la personne en oublie presque qu’elle est en train de se faire hypnotiser et qu’elle s’amuse juste à imaginer dans les moindres détails ses propres métaphores afin de prendre un maximum de plaisir à leur donner vie.