De la prise de tête au lâcher prise

Introduction

Dans cet article, je vais décrire du mieux que je peux ce que j’ai vécu au cours de la dernière formation d’hypnose expérimentale réalisée à Toulouse par Jean-Emmanuel Combe. Je rédige cet article au lendemain de la formation alors que la mémoire des événements est encore fraîche dans mon esprit pour en extraire le plus d’informations utiles.

Au cours de cette formation, des techniques sont abordées pour permettre d’approfondir un état hypnotique jusqu’à atteindre un état somnambulique. En début de formation, mon lâcher prise ,en tant que sujet lors des séances d’hypnose, me permettait de vivre des phénomènes hypnotiques tels que les mouvements idéo-moteurs et les catalepsies avec une intensité convenable. Cependant les phénomènes plus « complexes » tels que les amnésies présentaient des résistances importantes, et les anesthésies/hallucinations m’étaient tout simplement inaccessibles.

Il en est maintenant une autre histoire, mais rentrons un peu plus dans les détails…

Le scepticisme est un vilain défaut

Ah, cette bonne vieille question qu’on se pose en tant qu’hypnotisé (ou qu’on nous pose lorsque l’on est l’hypnotiseur) : « est-ce que ça a vraiment marché, ou je faisais juste semblant ? », combien de fois je l’ai entendue, et combien de fois je me la suis moi-même posée ? Beaucoup trop semble-t-il…

Alors oui, c’est légitime, surtout à notre époque et dans notre société où il faut toujours tout contrôler, tout vérifier, de se poser ces questions. Pour certains, c’est presque une question de survie ! Mais on peut aussi s’en poser une autre : « est-il réellement pertinent de se la poser ? Et si oui, qu’est-ce que ça change d’avoir une réponse ou l’autre tant que l’expérience est agréable ? »

Pour ma part, lors de mes séances, une partie de mon attention était toujours dirigée vers le futur : « comment c’est de vivre une amnésie ? Est-ce que je vais y arriver cette fois ? » Ou vers le passé :  « je n’ai encore jamais réussi à la faire passer, pourquoi ça serait différent maintenant ? » Vous voyez ce que je veux dire ? Avez-vous déjà entendu votre esprit jouer cette sérénade ? Ou ressenti cette impression ?

A cela, on peut aussi ajouter la petite voix qui nous juge, et qui met de l’importance sur le résultat : « t’es trop nul pour y arriver, tu sais pas lâcher prise ». Je caricature bien entendu, cela ne représente pas la totalité de la séance, mais il m’arrive souvent d’avoir des pensées parasites de ce genre.

Et si je vous disais que c’est normal tout ça, et que, bien que ça retire de l’intensité à notre séance, ça n’empêche pas d’aller plus loin ?

Inconscient vs conscient, de la confrontation à la collaboration

Les conflits internes, vous connaissez ? Quand deux parties à l’intérieur de nous veulent des choses différentes et cherchent à nous influencer ? On va supposer ici que lors de la séance d’hypnose on a ce genre de conflits qui apparaît (chez certaines personnes), entre la curiosité de vivre l’expérience, l’excitation, la peur de mal faire ou de perdre le contrôle.

Prenez alors du recul sur ce qu’il se passe à ce moment-là, où est votre énergie mentale ? Dans le conflit entre les parties, dans les peurs, dans les doutes, dans un futur hypothétique… Et surtout pas dans l’accomplissement de la tâche hypnotique.

La solution que j’ai trouvée de mon côté pour résoudre cette dispersion a été de devenir professeur de mon inconscient. Je m’explique :

Je me suis rendu compte que si je demandais à mon inconscient de faire des choses simples, il se débrouillait très bien (mouvements idéo-moteurs, catalepsies). Cela veut dire qu’il est en mesure d’effectuer des actions « simples ». Pour des choses plus compliquées (comme l’écriture automatique, ou la parole automatique par exemple), il était par contre dans la posture d’un enfant qui ne comprenait pas ce qu’on lui disait. J’ai donc commencé à faire le moniteur d’auto-école avec lui : je l’installais au poste de pilotage, mais je gardais les commandes à portée de main. Puis je lui expliquais comment je faisais moi pour effectuer consciemment l’action qui lui était demandé (dessiner une lettre, ou prononcer un mot), en la décomposant au besoin en sous-actions plus simples à apprendre (dessiner un trait, bouger la bouche, activer les cordes vocales), et je le faisais la répéter 3 ou 4 fois pour qu’il la maîtrise. Je passais ensuite à la prochaine sous-action, en les combinant (émettre un son tel que « O »), jusqu’à ce qu’il puisse faire la tâche par lui-même et qu’il prenne confiance. Je lâchais ensuite de plus en plus les commandes jusqu’à être en retrait, juste à le regarder (comme si le moniteur d’auto-école s’asseyait sur la banquette arrière de la voiture pour laisser conduire son apprenti).

Cette méthode m’a permis de laisser progressivement de l’autonomie à mon inconscient dans des tâches de plus en plus complexes telles que l’écriture automatique et la parole automatique. En ayant conclu un accord avec lui pour qu’il transmette mes messages conscients au monde extérieur, j’ai même réussi à lui laisser un contrôle total en le laissant se réveiller à ma place.

La dernière barrière était tombée…

Aurélien et son inconscient

Le somnambulisme appris

Tout le reste est venu ensuite naturellement, j’avais lâché prise, mon inconscient était alors capable d’apprendre par lui-même et de répondre aux suggestions beaucoup plus rapidement. En quelques minutes j’ai réussi à vivre des analgésies totales (aucune douleur ressentie pour un stimulus douloureux) avec une anesthésie importante (sensation de toucher diminuée à 20% de la sensation initiale), ainsi que des amnésies de parties de séances (équivalent du fameux pause-lecture). Après visionnage de séquences vidéos prises sur le coup, il s’avère que même après la suggestion que « je me rappelle de tout », donnée par Jean-Emmanuel, certaines actions sont très floues dans mon esprit par rapport aux faits réels.

Et le plus impressionnant là-dedans : je n’avais même plus l’impression d’être cassé ou endormi par les inductions, ou même de planer après avoir ouvert les yeux, je joue juste pleinement le jeu de la suggestion, en y mêlant mes ressources inconscientes et conscientes. Et par là j’entends que ma conscience n’est pas en train de dormir dans un coin, elle prend juste son pied à observer, vivre, ressentir tout ce qu’il se passe, elle encourage mon inconscient à donner le meilleur de lui-même, et en même temps, elle n’est plus dans la recherche de sens ou de jugement. Dans ce jeu qu’est la séance d’hypnose, je suis juste pleinement, et complètement présent à ce qu’il se passe dans l’instant.

L’image qui me vient, pour représenter ce basculement, c’est la conscience et l’inconscient qui échangent leurs rôles : l’inconscient pense, vit, agit alors que la conscience est attentive à l’arrière-plan et transmet des émotions, des intuitions à l’inconscient éveillé pour communiquer avec lui.

Aurélien et son inconscient

Un conseil pour faire de même ?

Je ne sais pas, on est tous différents 😉

Je pense que si vous avez ressenti le même type de blocage que moi, vous pouvez vous pencher sur une technique similaire, avec bien entendu vos propres métaphores.

Ce qui m’a peut-être aidé, c’est d’imaginer que mon inconscient est une entité à part entière, que je vois avec une forme humanoïde, et que mon corps est un véhicule donc je peux lui laisser les commandes (un peu dans le même délire que dans le film « Appelez-moi Dave »). Plein d’autres métaphores avec le même état d’esprit me sont venues en tête, mais je ne m’en souviens plus.

Le secret n’est pas d’endormir le conscient, mais de donner consciemment du pouvoir à l’inconscient.

Une nouvelle conviction

Depuis des années que je pratique l’hypnose, je répète sans relâche que tout le monde est hypnotisable. Ce dont j’étais convaincu, avec pour seul bémol que tout le monde ne pouvait pas aller aussi loin dans l’état d’hypnose, étant moi-même incapable de progresser au-delà d’une amnésie de faible intensité, plus proche de la distraction que du masquage d’information.

Aujourd’hui, je suis convaincu que tout le monde est hypnotisable, et que tout le monde peut apprendre à vivre un état somnambulique.

Un énorme merci

Je ne peux terminer cet article sur une autre note qu’un énorme MERCI à Jean-Emmanuel qui m’a accompagné dans cet apprentissage, et a eu la patience de m’aider à faire sauter les verrous qui se dressaient sur mon passage. J’espère un jour en faire autant pour lui.

J’en profite aussi pour remercier mon inconscient qui a été très collaboratif dans toute cette démarche et avec qui je pense que je vais continuer de vivre de belles choses.