Pre-talk

De Street Hypnose


Le pre-talk ("échange préliminaire"), ou prolégomènes en français, désigne l'ensemble des interactions entre l'hypnotiseur et le futur hypnotisé qui ont lieu après la simple prise de contact, et avant le véritable début de la séance. Il s'agit d'une introduction très détaillée des phénomènes qui vont se dérouler. C'est donc la phase de communication pendant laquelle l'hypnotiseur explique sa démarche et ce qu'est l'hypnose, alors que l'hypnotisé peut de son côté exposer ses peurs et obtenir des réponses aux questions qu'il se pose.


Importance du pre-talk

Aussi surprenant que ça puisse paraître, la réussite de votre séance dépend en grande partie de votre pre-talk. Le pre-talk sert d'abord à construire le cadre dont votre volontaire a besoin pour vivre son expérience. Imaginez par exemple que vous vous attendiez à dormir à poings fermés après une induction, et qu'après votre induction vous vous rendiez compte que vous restez parfaitement conscient ; quelle va être votre réaction ? Vous allez ouvrir les yeux, nier votre transe et déclarer que le processus a échoué. Nos croyances déterminent nos attentes, et nos attentes déterminent ce que nous vivons effectivement. Bien recadrer les croyances de son volontaire, c'est donc le premier travail d'un hypnotiseur.

Durant le pre-talk, il est aussi important de placer des fusibles, tel que "Si on te propose de faire quelque chose qui ne te convient pas, tu ne le feras pas, et tu ré-ouvriras les yeux." ou bien "Tu resteras toujours bien stable sur tes appuis".

Le pre-talk n'est pas une leçon

Cette affirmation se justifie sur trois points :

- Le pre-talk n'est pas qu'un ensemble d'informations à communiquer à votre volontaire. Pourquoi ? Parce qu'au-delà des informations que vous transmettez, l'une des fonctions principales du pre-talk est l'établissement d'un bon rapport entre l'hypnotiseur et l'hypnotisé. Cela signifie que ce que vous communiquez par votre non-verbal est au moins aussi important que les mots que vous prononcez : accueillir l'autre avec un sourire et avec de l'humour, c'est déjà une façon de poser le cadre.

- Le pre-talk n'est pas un monologue. Puisqu'il s'agit aussi d'abord d'établir un rapport et un cadre, vous devez toujours être à l'écoute des questions, des remarques, des peurs de votre volontaire. C'est pourquoi il faut autant que possible essayer de se passer de scripts pour son pre-talk. Laissez à votre volontaire le temps de s'exprimer, accueillez ses questions avec le sourire et avec bienveillance. Vous pourrez être particulièrement attentif à son langage non-verbal et à toutes les marques d'inconfort qu'il manifeste, n'hésitez pas à les ratifier pour montrer que vous êtes à son écoute.

- Le pre-talk ne doit pas être plus long que nécessaire. Donnez les informations essentielles, mais ne retardez pas trop le véritable début de la séance ; il ne faut pas laisser retomber la motivation et l'intérêt de votre volontaire, puisque c'est sur cette énergie que vous allez vous appuyer pour que la séance réussisse.


Deux façons de faire son pre-talk

Il y a deux façons de faire un pre-talk, chacune ayant ses avantages et ses inconvénients.

- Vous pouvez vous lancer dans un long pre-talk exhaustif avant le début de la séance, dans lequel vous répondez à toutes les questions importantes, et vous expliquez tout ce qu'il y a à expliquer.

Avantages : si le terrain est bien préparé en début de séance, les phénomènes hypnotiques pourront s'enchaîner de façon rapide et fluide - les transitions seront ainsi plus efficaces.
Inconvénients : vous prenez le risque de voir l'intérêt et la motivation du volontaire s'affaiblir au fur et à mesure que votre pre-talk s'allonge.

- Vous pouvez faire un pre-talk très bref, et poser seulement les points nécessaires pour le début de la séance. Ensuite, dès qu'une mise au point est nécessaire, vous prenez le temps pour compléter votre pre-talk

Avantages : vous arrivez directement dans l'action, et vous vous servez de l'excitation intacte du volontaire pour enclencher les premiers phénomènes
Inconvénients : vous allez parfois devoir interrompre le rythme de votre séance pour fournir les explications complémentaires. Par expérience, vous ne perdez cependant pas grand-chose avec ces ruptures, qui peuvent servir à maintenir la relation de confiance avec l'hypnotisé.

Alors que faire ? Pour le dynamisme de votre séance il est sans doute plus intéressant d'opter pour la deuxième solution. La première façon, elle, a l'avantage d'être plus rassurante pour l'hypnotisé... et l'hypnotiseur.


Que dire dans son pre-talk ?

Les principaux points à exposer dans un pre-talk sont les suivants :

- Ce qu'est une transe hypnotique
- Le volontaire va vivre une expérience sécurisée et agréable

La nature de la transe hypnotique

Il s'agit d'abord, tout simplement, d'expliquer ce qu'on ressent quand on est hypnotisé. N'oubliez pas que tout ce que vous dites doit être adapté à votre volontaire, d'une part parce que ce sont sur ses croyances individuelles qu'il vous faut travailler, d'autre part parce que toute l'attention que vous lui manifestez participe à la construction du rapport. Expliquer ce point est important, parce que vous travaillez sur les attentes du volontaire : vous construisez ce qu'il va s'attendre à vivre. Si votre description de la transe hypnotique n'est pas congruente avec l'expérience qu'il va vivre, le volontaire risque de penser que le processus a échoué.

- Le premier point à mettre en évidence, c'est que l'hypnose n'a rien à voir avec le sommeil. C'est une croyance qu'il est absolument capital d'abandonner.
- Vous pouvez ensuite prendre un exemple de transe légère pour montrer ce qu'est un état hypnotique, l'idée étant de faire comprendre que la transe hypnotique est un phénomène normal et naturel - il s'agit simplement d'aller plus loin dans ce processus. Vous pouvez vous appuyer ici sur l'expérience du volontaire, en lui demandant s'il pratique une activité qui le détend, et en relevant tous les caractères hypnotiques qui sont liés à cette activité (voir l'article La transe hypnotique d'un point de vue psychologique). Par exemple, si le volontaire joue au football, décrivez-lui ce qu'on ressent quand tout ce qui importe c'est la posture de son corps, la position du ballon et des autres joueurs, tandis que ce qu'on a fait le matin et ce qu'on fera le soir perd toute importance (phénomène de rétrécissement du champ d'attention).
Exemples génériques qui fonctionnent bien : la transe de l'autoroute, les "absences" quand on lit un livre ou que l'on regarde un film...

Rassurer le volontaire

Dans un deuxième temps, vous allez faire comprendre au volontaire qu'il va vivre une expérience agréable sans danger. Pour bien préparer votre pre-talk, vous devez identifier les principales peurs possibles, et trouver un moyen de les rassurer :

- Est-ce que je peux rester bloqué ?
Est-ce que tu as déjà vu quelqu'un rester bloqué dans une crise de rire, ou en dormant ? Non, eh bien c'est pareil pour l'hypnose. L'hypnose c'est un état modifié de conscience, et un état, par définition c'est passager - à un moment ça s'arrête.
- Puis-je avoir des séquelles ?
Non. Dans le cadre de l'hypnose de rue, on ne peut faire de changements durables dans les comportements des gens. Changer les comportements des gens avec l'hypnose c'est possible, mais il faut que ça soit une démarche personnelle et réfléchie : arrêt du tabac, abandon d'une phobie, etc.
- Vous n'allez pas me faire faire n'importe quoi ?
Tu ne vas faire que ce que tu as envie de faire. Si je te demande de te déshabiller en pleine rue, tu vas immédiatement te réveiller et tu vas m'engueuler, et tu auras raison. Sous hypnose, on ne peut pas forcer quelqu'un à faire quelque chose de contraire à ses croyances et à ses valeurs profondes.

Évidemment, ne créez pas de fausses peurs chez votre volontaire. Contentez-vous de lui dire qu'il n'y a aucun danger, et demandez-lui s'il a des questions, puis répondez-y. N'allez pas lui dire qu'il n'aura pas de séquelles si cette idée ne lui avait même pas traversé la tête, vous créeriez des peurs pour rien.


Un script de pre-talk possible

Comme dit précédemment, le pre-talk est le moment de votre séance où il convient d'être le plus capable de se passer de script. Ce qui va suivre n'est donc qu'indicatif, ne le répétez pas par coeur, mais vous pouvez vous en inspirer :

Bon. Comment tu vas ? Moi c'est X, et toi ? (Réponse) Alors, tout simplement, on pourrait commencer comme ça : à ton avis, c'est quoi un état d'hypnose ? Qu'est-ce qu'on ressent quand on est hypnotisé ? (Réponse. Reprenez gentiment le volontaire sur les points incorrects.) Bon, pour t'expliquer ce que c'est, je vais prendre un exemple. Tu lis de temps en temps ou pas ? (Réponse. Quelle que soit la réponse, c'est la réponse qui vous arrange.) Très bien, si tu n'es pas un grand lecteur, ça va encore plus te parler. Imagine que tu es en train de lire ta page, tu commences à fatiguer un peu, et là il y a un mot qui te fait penser à quelque chose d'autre, comme si ton imagination commençait un peu à partir un peu ailleurs... Tu vois ? Et pendant ce temps, les yeux continuent à suivre les lignes, et les mains à tourner les pages, comme si le corps continuait à lire, alors que l'esprit, lui, fait autre chose... Ca te parle ? Et au bout de trois-quatre minutes tu te réveilles, tu fais "mais, au fait, je suis en train de lire moi !", alors tu reviens quelques pages en arrière, tu retrouves le mot qui t'avait fait perdre le fil, et tu te concentres pour revenir dans ta lecture. Tu vois ce que je veux dire ? J'ai dit "tu te réveilles", mais en fait, on est d'accord, tu n'as jamais dormi. Tu es juste revenu d'un état un peu différent. Eh bien cet état différent, c'est ce qu'on appelle une transe hypnotique. C'est une transe qui est légère hein, mais c'est exactement l'état qu'on va essayer d'approfondir ensemble. Tu vois, c'est tout à fait naturel et normal comme état : on y rentre, on en sort un peu en permanence tout au long de la journée. Est-ce que tu as des questions ?

Le pre-talk en tant qu'induction

En réalité, le pre-talk peut déjà constituer une sorte d'induction non-formelle. Vous pouvez en jouer ou non, selon le contexte et la réaction du volontaire. Pour commencer le processus d'induction à partir du pre-talk, il convient d'abord de fixer l'attention du volontaire en captant son regard. Le rythme de votre voix peut se ralentir et se caler sur sa respiration, vous pouvez utiliser les techniques de biofeedback et de ratification. Surtout, le fait de lui expliquer la nature d'une transe hypnotique en s'aidant de l'imagination d'une transe légère correspond à une fameuse induction d'autohypnose, que Kevin Finel appelle "le souvenir presque hypnotique". Auquel cas, vous pouvez insister particulièrement sur tous les caractères sensibles qui sont liés à ce souvenir (éléments visuels, olfactifs, tactiles...).

Le pre-talk peut être l'occasion de glisser des phrases qui induisent une rupture de pattern dissimulée, en tant que rupture d'habitude, un peu plus lente, mais qui introduisent l'hypnose à venir. Par exemple : « C'est la première fois que vous allez être hypnotisé(e) ? ». Cette question conforte l'affirmation que l'hypnose va avoir lieu, au lieu de la question classique « Avez-vous déjà été hypnotisé(e)' ? »

Si vous commencez votre processus d'induction à partir de votre pre-talk, la suite logique est de commencer avec une catalepsie du bras. Si l'attention du volontaire a été correctement captée, celle-ci devrait se produire de façon tout à faire naturelle.