Test de suggestibilité

De Street Hypnose

Les tests de suggestibilité sont des procédures qui permettent à l'hypnotiseur d'avoir un premier aperçu de la propension de son volontaire à suivre les suggestions qu'il lui propose (ce qu'on appellera, donc, la suggestibilité). Classiquement (et logiquement), les tests de suggestibilité prennent place en tout début de séance, juste après le pre-talk. Ils donnent généralement lieu aux tous premiers effets hypnotiques de la séance, et se basent donc exclusivement sur des phénomènes cataleptiques et idéomoteurs.

Comment présenter le test de suggestibilité ?

Devant son volontaire, il faut éviter autant que possible de parler de "test de suggestibilité". En effet, la notion de "test" a tendance à impliquer une interprétation du résultat en termes de réussite et d'échec. Imaginez que le volontaire pense que le test a échoué ; il va naturellement en conclure qu'il n'est pas suggestible. Il va être très difficile de poursuivre votre séance si votre volontaire est déjà intimement convaincu qu'il n'est pas "réceptif".

- Vous pouvez parler d'un "jeu d'imagination" : cela permet d'abord de poser un cadre décontracté et ludique, dans lequel le volontaire peut se sentir acteur. Cela permet également de lui enlever la croyance qu'il peut échouer : on n'échoue jamais vraiment à un jeu, puisque la finalité d'un jeu c'est seulement de s'amuser.
- Vous pouvez le présenter comme un "test de non-résistance". Vous mettez ainsi le volontaire en confiance, en supposant l'idée suivante : il devrait être naturel et normal que le test se déroule de telle façon ; nous allons simplement voir si tu arrives à ne rien faire, à ne pas avoir peur.

L'utilité des tests de suggestibilité

En un sens, la première façon d'évaluer la suggestibilité du volontaire, c'est tout simplement de voir s'il nous regarde, nous écoute, suit nos suggestions, s'il est concentré dans son expérience ; on peut également se concentrer sur les signes de transe qu'il montre. Une observation suffisamment aiguisée du langage non-verbal de son volontaire peut donc remplir la même fonction qu'un test de suggestibilité. Il est également possible d'observer la façon dont le volontaire réagit à une suggestion simple (comme une catalepsie ou une lévitation du bras). L'utilité des tests de suggestibilité est simplement de réduire un peu l'incertitude quant à l'état du volontaire, ce qui en fait un passage obligé pour les hypnotiseurs peu expérimentés.

Quoique les tests de suggestibilité soient facultatifs, ils s'avèrent néanmoins extrêmement utiles quand plusieurs volontaires désirent vivre l'expérience en même temps. En effet, faire une séance avec plusieurs volontaires comporte le risque qu'ils ne prennent pas les suggestions avec la même facilité - ce sont des situations qui sont toujours compliquées à gérer. Classiquement, on va donc d'abord commencer la séance avec les volontaires les plus suggestibles, puis dans un second temps s'occuper de ceux qui avaient montré davantage de résistances. Voir quelqu'un rentrer en transe a tendance à nous faire entrer en transe ; par conséquent, voir la séance des plus réceptifs vaudra en fait pour les plus résistants comme une longue induction.

Les mécanismes des tests de suggestibilité

Il s'agit avec ces tests d'essayer de réaliser les suggestions les plus faciles possible. Il s'appuieront donc sur des phénomènes qui ne supposent qu'une transe très faible, voire nulle - si tant est que cette expression ait du sens. Il est donc indifférent que les phénomènes soient purement physiologiques, ou produits par une authentique dissociation. Si l'on voulait pousser l'idée, on pourrait même dire la chose suivante : la mise en place du test de suggestibilité fait elle-même partie du test : "tenez-vous droit", "mettez les pieds à plat sur le sol", "prenez une grande inspiration"... Ce sont également de véritables suggestions, et il faut être attentif à la façon dont votre volontaire va y réagir.

Si votre volontaire refuse la suggestion en disant que "c'est purement physiologique", ne le contredisez pas et recadrez. Que ça soit physiologique ou non n'est pas la question. Evidemment, le test des doigts aimantés est physiologique ; ça n'empêche pas de nombreux hypnotiseurs de l'utiliser en tant que technique d'autohypnose, bien qu'ils soient parfaitement conscients du fait que c'est un phénomène normal et mécanique. Il s'agit simplement de mettre son esprit analytique de côté, et d'arriver à voir ce phénomène "comme si" il se produisait en réponse à la suggestion.

Après le test de réceptivité

En cas de réussite

Soyez très attentif au langage non-verbal de votre volontaire pendant qu'il réalise le test de suggestibilité, il va vous indiquer l'intensité de son implication et de sa concentration. Prêtez particulièrement attention aux premiers signes de transe qui pourraient apparaître.

- Si la concentration du volontaire vous paraît suffisante, vous pouvez transformer directement votre test de réceptivité en une véritable catalepsie : transformer les doigts aimantés en doigts collés, la carte de Calof en bras impliable, les livres et ballons en main collée, etc.
- Si la concentration du volontaire est fragile, ou si des résistances se font jour (de telle sorte qu'une catalepsie ne vous semble pas envisageable) vous pouvez tout simplement arrêter le test une fois que la procédure est terminée - une fois que les doigts se sont touchés, ou que les livres et ballons sont montés et descendus. Reprenez ensuite sur des phénomènes idéomoteurs (ou une catalepsie simple), après avoir demandé un feedback à votre volontaire.

Il vaut mieux ne pas prendre de risques, car les échecs sont coûteux : si vous tentez une catalepsie et qu'elle ne réussit pas, vous risquez de vous retrouver avec un volontaire persuadé de ne pas être réceptif. En cas de catalepsie ratée, redirigez immédiatement l'attention du volontaire vers ce qui a effectivement fonctionné : "tu vois, tes doigts se sont rapprochés hein ! C'est marrant non ?"

En cas d'échec

Les tests de suggestibilité sont faits pour ne pas échouer. S'ils ne donnent pas les résultats attendus (par exemple, les doigts ne se rapprochent pas), il faut d'abord vous remettre vous-même en question : le problème vient vraisemblablement de votre pre-talk ; il peut également venir de votre langage non-verbal.

- Problème de pre-talk : avez-vous bien décrit la nature de la transe hypnotique ? Avez-vous bien pris en charge les peurs éventuelles de votre volontaire ? Comment avez-vous présenté le test de réceptivité, avez-vous assez insisté sur la dimension ludique ?
- Problème de langage non-verbal : le rapport que vous avez construit avec votre volontaire est-il congruent avec l'état d'esprit que vous attendez de lui ? Si vous présentez des signes manifestes d'angoisse ou d'inconfort, si vous regardez en permanence à droite-à gauche, si vous consultez vos SMS pendant que le volontaire essaie de s'immerger dans le test, vous ne pouvez pas vous attendre à ce qu'il réussisse à se concentrer et à se détendre.

Si vous avez fait attention à tous ces paramètres, c'est peut-être une simple question de temps. Préférez un test lent comme les livres et les ballons, faites fermer les yeux à votre volontaire, laissez-lui tout le temps de s'immerger dans l'expérience.

Comme toujours en hypnose de rue, c'est le volontaire qui est le plus à même de vous donner les solutions. On n'insistera jamais assez sur l'importance du feedback : demandez-lui ! "Pourquoi, à ton avis, est-ce que ça n'a pas marché ?" Le cas échéant, attirez son attention sur les moments où il s'est laissé aller : "tu vois, au début tes doigts se sont bien rapprochés. Qu'est-ce qui a fait qu'à partir d'un moment ils sont restés dans la même position ?"

En dernier ressort, si vous n'avez vraiment pas l'impression que c'est vous qui êtes responsable de l'échec du test de suggestibilité, vous pouvez le mettre sur le compte d'une résistance de la part du volontaire. Auquel cas vous posez-lui la question suivante : "j'ai l'impression que tu résistes ; est-ce que tu sais si c'est une résistance consciente, ou inconsciente ?".

- S'il vous répond que c'est une résistance consciente, alors n'y a qu'à recadrer l'exercice et lui faisant comprendre qu'il ne pourra vivre l'expérience qu'il veut vivre que si et seulement si il veut bien se laisser aller
- Si le volontaire affirme que sa résistance est inconsciente, vous pouvez en dernier ressort en passer par une induction lente, de type induction d'Elman. Il faut évidemment le bon cadre pour cela, faites s'asseoir le volontaire et asseyez-vous à ses côtés. N'oubliez pas l'importance du feedback.


Pour voir une liste des tests de suggestibilité, c'est ici!