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Hugin

L'hypnose, une histoire à trou

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Comme probablement certains d'entre-vous, je lis beaucoup d'ouvrage sur l'hypnose. J'essaie de lire des ouvrages de toute sorte, de toute provenance, qui me permettrait d'élargir ma compréhension du phénomène. Et je suis de plus en plus effaré des "trous" dans l'histoire de l'hypnose qui est raconté par ses livres. Je m'explique.

 

À chaque fois qu'un auteur entreprend de faire l'historique de l'hypnose il commence généralement avec Mesmer. Déjà ça a de quoi faire hurler quand on s'intéresse à la pratique de cet homme, très éloigné de ce que nous pratiquons aujourd'hui. Mais acceptons l'impulsion initiale. Acceptons aussi les références tout aussi douteuse au Marquis de Puységur dont la pratique était pour le moins particulière. L'auteur mentionne parfois James Braid, parce que bon c'est tout de même lui qui popularise l'usage du mot hypnose, et on passe rapidement aux écoles de Nancy et la Salpêtrière (Janet, Charcot, Bernheim, etc...). Parfois on nous parlera un peu de Freud (ce qui est la moindre des choses vu son poids sur une certaine tradition psychothérapeutique). Ensuite on saute directement à Érickson. On nous dit souvent que l'hypnose sombre dans l'oubli, que les gens passent à autre chose, alors qu'elle n'a jamais cessé d'être étudié plus ou moins sérieusement. Et après Érickson, rien ou presque. Les partisans de la PNL évoqueront vaguement Bandler et Grinder et quelques un des leurs héritiers. Parfois les auteurs parlent de quelques un de leurs contemporains mais rien de plus.

 

J'ai constaté ces trous historiques dans des ouvrages des années 90, des années 2000, et même un ouvrage des années 50 (qui mentionne Érickson comme un contemporain et ne parle bien évidemment pas de PNL).

 

C'est comme si des décennies de recherche passaient à la trappe. Les échelles de suggestibilités (bien que hautement discutable) établies par Stanford sont très rarement mentionnées. C'est comme si l'hypnothérapie avait une peur bleue de la recherche scientifique en hypnose et aussi des avancés en neurologie, en psychopathologie...

 

On peut penser qu'il s'agit de choix éditoriaux, de prise de position, mais je crains qu'il ne s'agisse d'ignorance. Après tout la plupart des hypnothérapeutes avec qui j'échange ne vont pas plus loin que ce qu'ils ont appris dans leur école et ne creuse pas dans la littérature scientifique (ce qui n'empêche pas certains de parler de "reprogrammer les neurones" alors qu'ils n'ont pas la moindre idée de ce qu'est un potentiel synaptique). Cette inculture m'afflige profondément et elle m'inquiète parce qu'elle se communique. Que dire quand on voit des "enseignants" en hypnose recracher ce qu'ils ont appris sans la moindre réflexion critique, sans creuser les sources des affirmations les plus étranges... Et leurs élèves écoutent docilement et ne chercheront pas davantage à savoir ce qui se cache derrière (ce qui n'est pas une critique spécifique à l'hypnose d'ailleurs, la plupart des étudiants se contentent d'apprendre sans questionner, malgré même la tentative de certains professeurs de développer une pensée critique).

 

Je conçois que les études, la documentation n'est pas forcément facilement accessible. J'ai eu du mal à trouver certains ouvrages et je me félicite que la région où je vis dispose de bibliothèques universitaires bien garnies. Mais quand on écrit un ouvrage sur l'hypnose ou quand, comme certains, on prétend définir un mode de pensée ou créer un courant, est-ce que le minimum ne serait pas de faire se travail de recherche en amont? (Je précise ici que je ne parle pas d'ouvrage de Street Hypnose ou d'hypnose de spectacle, car ce sont des approches pratiques qui ne se prétendent pas comme des définitions de l'hypnose).

 

J'avoue que dans les milieux de l'hypnose, j'ai plus souvent entendu des affirmations sorties de nul part, au mieux invérifiables, au pire fausses, que des affirmations assorties de sources précises. 

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On peut penser qu'il s'agit de choix éditoriaux, de prise de position, mais je crains qu'il ne s'agisse d'ignorance. Après tout la plupart des hypnothérapeutes avec qui j'échange ne vont pas plus loin que ce qu'ils ont appris dans leur école et ne creuse pas dans la littérature scientifique (ce qui n'empêche pas certains de parler de "reprogrammer les neurones" alors qu'ils n'ont pas la moindre idée de ce qu'est un potentiel synaptique). Cette inculture m'afflige profondément et elle m'inquiète parce qu'elle se communique. Que dire quand on voit des "enseignants" en hypnose recracher ce qu'ils ont appris sans la moindre réflexion critique, sans creuser les sources des affirmations les plus étranges... Et leurs élèves écoutent docilement et ne chercheront pas davantage à savoir ce qui se cache derrière (ce qui n'est pas une critique spécifique à l'hypnose d'ailleurs, la plupart des étudiants se contentent d'apprendre sans questionner, malgré même la tentative de certains professeurs de développer une pensée critique).

 

En tant qu'étudiant, je suis fier de casser les pieds des professeurs, en les obligeant a faire des recherches sur leurs anciens cours ou même à se rappeler de choses qu'il N'ENSEIGNENT PAS HABITUELLEMENT. Et une bonne moitié des personnes de ma classe en font de même. Du point de vue très étriqué de mon point de vue personnel, je me voit donc obligé de te contredire quand au manque de pensée critique étudiante!

 

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J'avoue que dans les milieux de l'hypnose, j'ai plus souvent entendu des affirmations sorties de nul part, au mieux invérifiables, au pire fausses, que des affirmations assorties de sources précises. 

 

Tout a fait d'accord sur ce point, d'ailleurs je m’apprêtait à rédiger un sujet sur ce thème, et plus précisément sur le critère commun de receptibilité... receptivation... receptivage... BREF, je trouve que les théories a ce sujet sont assez éparse, et que tout le monde y allait de sa petite hypothèse.

Y a il des critères qui font consensus ?

Ou bien est-ce uniquement du a des facteurs extérieurs (hypnotiseur, cadre, public...) ?

 

 

 

Et quand au fait qu'il y ait des trous dans l'histoire de l'hypnose, je suis trop ignorant pour m'exprimer a ce sujet ^^

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Il y a 6 heures, El phacochère a dit :

En tant qu'étudiant, je suis fier de casser les pieds des professeurs, en les obligeant a faire des recherches sur leurs anciens cours ou même à se rappeler de choses qu'il N'ENSEIGNENT PAS HABITUELLEMENT. Et une bonne moitié des personnes de ma classe en font de même. Du point de vue très étriqué de mon point de vue personnel, je me voit donc obligé de te contredire quand au manque de pensée critique étudiante!

 

Je suis heureux pour ta classe. Ça montre que vous êtes très intéressés, ou très motivés à faire chier vos profs. :D 

Ça ne correspond hélas pas vraiment avec ma perception de mes sept années universitaires cumulées (avec plus ou moins de succès) additionnées de diverses formations courtes pour adultes. On peut aussi penser au rapport critique de toutes les générations vis-à-vis des articles douteux partagés sur Facebook.  :D Mais retournons à nos moutons.

 

Il y a 6 heures, El phacochère a dit :

Tout a fait d'accord sur ce point, d'ailleurs je m’apprêtait à rédiger un sujet sur ce thème, et plus précisément sur le critère commun de receptibilité... receptivation... receptivage... BREF, je trouve que les théories a ce sujet sont assez éparse, et que tout le monde y allait de sa petite hypothèse.

Y a il des critères qui font consensus ?

 

Ce que tu trouveras de plus étayé dans le domaine ce sont les différentes échelles de suggestibilités, notamment la Stanford Hypnotic Suggestibility Scale. Elle a été développée dans les années 60 et régulièrement révisée (notamment on a remplacé l'odeur testé pour la suggestion d'anosmie,  l'ammoniaque c'était un peu violent pour l'organisme). Elle est évidemment contestable et correspond à une certaine vision de l'hypnose, puisqu'elle ne prend pas du tout en compte l'idée que le cadre ou le contexte puisse être un facteur déterminant. L'article wikipédia n'est pas trop mal fait et donne des pistes des recherches intéressantes sur le sujet.
https://en.wikipedia.org/wiki/Hypnotic_susceptibility

 

D'une façon générale, il semble y avoir très peu de passerelles entre la recherche fondamentale, et la pratique de l'hypnose.

 

 

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Il est vrai qu'il y a très peu d'étude clinique effectué sur l'hypnose. J'ai lu quelques part (desole, a force je ne sais plus toujours ou) que dans les années 50 (je crois) une étude avait été faites pour savoir s'il était possible de rester "bloqué" en transe stuporeuse et si non au bout de combien de temps on se réveillé. De mémoire les résultats de l'étude on révélé qu'en l'absence du thérapeute, le "sujet" s'éveillé seul en moyenne au bout de 23 min.  

 

Mais c'est vrai que ce serait terriblement interessant de faire des études cliniques sur le sujet

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Je fais un historique de l'hypnose et commencer par Mesmer n'est pas le pire des choix.
Mesmer ne pratiquait pas l'hypnose, mais ce qu'il appelle de "magnétisme animal"

Et sans aucune études sur le sujet ni la moindre remise en question. Et de sa pratique dans les milieux aisés, il n'est pas foncièrement faux de penser qu'il fit cela pour l'appât du gain.

 

Sinon on peu faire le coup du "L'hypnose existe depuis des temps immémoriaux , à l'époques des premiers homme et même avant..."

Mais ce genre d'affirmation me gène, surtout dans les "preuves" apporté.
"Voici une fresque qui montre des homme pratiquer des techniques hypnotiques ..."

On date l'hypnose par l'un de ses composant à savoir une technique hypnotique.
C'est comme dater une pizza à partir d'un de ses élément ... (exemple les anchois)
La pizza serait donc apparu bien avant les premiers hommes !

Une technique hypnotique ne fait pas l'hypnose. (ni un commencement)

 

Ensuite pour en revenir à Mesmer, sa pratique n'est pas non plus de l'hypnose, mais c'est du magnétisme qu'est arrivé l'hypnose !
Le latin est au français, ce que le magnétisme est à l'hypnose.
Comme base de départ, c'est pas si mal !

 

Pour ce qui est de l'école de Nancy et de la salpétrière, j'ai obtenu un ouvrage pdf qui est assez riche en informations sur cette période.

Dont des acteurs dont les noms ne sont pas vraiment cité ailleurs ( je rajouterai ça plus tard si j'y pense)

 

Pour le marquis, c'est le premier (en tout cas la plus célèbre) à avoir rapporté un cas de "sommeil magnétique" , c'est à dire une magnétisation sans phase hystérique, la personne est calme et répond aux suggestions. (mais ce qu'il rajoute ensuite est limite science-fiction)

 

Pour moi, celui qui a posé les bases de l'hypnose (sans l'appeler hypnose) serait l'abbé Faria, avec son "magnétisme imaginationiste"  (en 1820 si je ne me trompe pas), une pensé que l'on retrouve encore en hypnose moderne.

 

Après il y a des "trous", mais cela peut être du au fait qu'il n'est rien d'intéressant durant cette periode... mais cela me paraît un peu simpliste :D .

 

 

Le 04/08/2017 à 23:53, Hugin a dit :

C'est comme si des décennies de recherche passaient à la trappe. Les échelles de suggestibilités (bien que hautement discutable) établies par Stanford sont très rarement mentionnées. C'est comme si l'hypnothérapie avait une peur bleue de la recherche scientifique en hypnose et aussi des avancés en neurologie, en psychopathologie...

 

 

Les échelles de suggestibilités sont discutables , mais outre ce point, elle ne représente pas l'histoire de l'hypnose à proprement parlé.
C'est une technique de rationalisation dont le but est de créer un observable reproductible... ce n'est pas uniquement lié à l'hypnose.

 

Ensuite, l'histoire de l'hypnose, c'est pour la culture générale, cela n'aura aucun impact sur la pratique , tout domaine hypnotique confondu.
Ce qui en limite l'intérêt pour de nombreux hypnotiseurs. Les grandes lignes même fausse, c'est suffisant.

 

Si tu as des sources, je suis preneur !

Et j'ai peut être de qui échanger ;) 

 

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