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yengstro

Hypnose et psychose...

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Bon je sais, la psychose fait partie des rares contre indication à l'hypnose.

C'est vrai. Vouloir dissocier quelqu'un qui est déjà dissocier à mort... quel idée! Et en fait, si dissocier quelqu'un de dissocier le réassociait?

 

Bon j'arrete mes bétises et j'explique mon questionnement :P

 

Je suis infirmier en psychiatrie. Les personnes souffrants de schizophrénie, bi polarité, psycho-déficitaire etc... j'en ai 23 tous les jours avec moi au boulot.

 

et je me demandais très sérieusement qu'est ce qu'il se passerait si on hypnotisait un psychotique? Hormis la contre indication, est ce qu'il y a des écrits, des essais qui ont été fait sur ce sujet? Quel est le risque?

 

je ne m'y essaierai pas car je ne fais pas de thérapeutique. et puis je serai probablement mis a la porte si c etait le cas. mais je reste très curieux

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En fait les psychoses ne sont pas une contre-indication spécifique à l'hypnose. Elles sont une contre-indication à l'hypnose pratiquée par des gens qui ne savent pas ce que c'est qu'une psychose, ce que ça veut dire en terme d'organisation mentale, de réactions, etc. Avec quelques années d'études universitaires en psychologie, je ne me sens pas du tout équipé pour gérer un psychotique (que ce soit en hypnose, ou même dans la vraie vie). J'ai un temps côtoyé une schizophrène et dès qu'elle avait une période où elle arrêtait de prendre ses médicaments, ça faisait vite peur...

Je n'imagine pas les problèmes que pourraient causer des gens qui se sont formés en regardant des vidéos ou en lisant un ou deux livres... La plupart des écoles d'hypnose sont d'ailleurs conscientes des limites de leur formation et recommandent également de ne pas toucher à ce domaine.

 

Mais il y a de nombreuses recherches dans le domaine, pratiquées par des médecins psychiatres, avec des résultats parfois contradictoires sur la suggestibilité. Celle que j'ai sous la main date de 1973*, mais il y en a eu avant et après. Le fait que tu sois infirmier en psychiatrie te laissera probablement mieux apprécier la nature de ces études.

 

Tout ça rejoint un peu mon sujet sur les trous de l'hypnose, on connaît tous "la base" mais on a une très mauvaise vue d'ensemble de la pratique. ;)

 

*Lavoie, G., Sabourin, M., Langlois, J. (1973) Hypnotic susceptibility, amnesia, and IQ in chronic schizophrenia, International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis, 21:3, 157-168, DOI: 10.1080/00207147308409120

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Il y a 4 heures, Hugin a dit :

En fait les psychoses ne sont pas une contre-indication spécifique à l'hypnose. Elles sont une contre-indication à l'hypnose pratiquée par des gens qui ne savent pas ce que c'est qu'une psychose, ce que ça veut dire en terme d'organisation mentale, de réactions, etc. Avec quelques années d'études universitaires en psychologie, je ne me sens pas du tout équipé pour gérer un psychotique (que ce soit en hypnose, ou même dans la vraie vie). J'ai un temps côtoyé une schizophrène et dès qu'elle avait une période où elle arrêtait de prendre ses médicaments, ça faisait vite peur...

Je n'imagine pas les problèmes que pourraient causer des gens qui se sont formés en regardant des vidéos ou en lisant un ou deux livres... La plupart des écoles d'hypnose sont d'ailleurs conscientes des limites de leur formation et recommandent également de ne pas toucher à ce domaine.

 

Mais il y a de nombreuses recherches dans le domaine, pratiquées par des médecins psychiatres, avec des résultats parfois contradictoires sur la suggestibilité. Celle que j'ai sous la main date de 1973*, mais il y en a eu avant et après. Le fait que tu sois infirmier en psychiatrie te laissera probablement mieux apprécier la nature de ces études.

 

Tout ça rejoint un peu mon sujet sur les trous de l'hypnose, on connaît tous "la base" mais on a une très mauvaise vue d'ensemble de la pratique. ;)

 

*Lavoie, G., Sabourin, M., Langlois, J. (1973) Hypnotic susceptibility, amnesia, and IQ in chronic schizophrenia, International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis, 21:3, 157-168, DOI: 10.1080/00207147308409120

Exactement!

 

en fait, on entend partout la meme chose, mais au fond personne sait vraiment expliquer pourquoi...

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Un psychotique a déjà des hallus et du mal à faire la différence entre ce qui est dans sa tête et la réalité. En induisant un état hypnotique tu ne sais pas vraiment où tu vas ni les réactions que ça va susciter.

A la fin d'une séance d'hypnose tu as le "réveil" où ton sujet se reconnecte avec la réalité. Mais c'est justement ce qui fait défaut aux psychotiques. Sauras-tu faire cesser les phénomènes créés? Quels seront les effets indésirables de la séance?

(N'étant pas psy, ce sont des vraies questions...)

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Pour répondre à ses questions, il faudrait déjà avoir des réponses claires sur les individus dits "normaux" ce qui est loin d'être évident. ;)

 

D'ailleurs tous les psychotiques n'ont pas forcément d'hallucination (même si c'est un symptôme assez déterminant). Pour les gens intéressés, une définition rapide d'un hôpital spécialisé en santé mentale québécois (ce qui nous débarrasse des interprétations psychanalytiques) http://www.douglas.qc.ca/info/psychose .

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Je suis également infirmier en psychiatrie. De ce que j ai pu voir (je viens de monter un projet pour obtenir la formation à l hypnose thérapeutique) il y a des techniques d hypnose où justement on laisse la personne psychotique et donc dissociée toujours en contact avec la réalité. En gros on reassocie... mais je n en sais guère plus pour l instant 

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Je me méfie de plus en plus de l'usage du terme dissocié... Il est très emprunt de psychanalyse, et plus je lis des psychanalystes, moins je leur donne de crédibilité.

Cette explication des psychoses par un état dissocié est absent de la plupart des ressources anglosaxonnes récentes que j'ai pu trouver. Le mot est le plus souvent associé aux "troubles dissociatifs" et donc aux symptômes pas aux causes. C'est difficile de s'y retrouver là-dedans. :)

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Pourquoi hypnotiser une personne qui a déjà une vision personnelle du monde ? N'est t'il pas plus sûr de calquer ton comportement et tes actions selon la carte du monde du patient psychotique ? Il existe des écrits de Erikson sur des patients qu'il "aurait" traité. Je ne m'avance pas plus, il faudrait des exemples de comportement et réaliser des tests et surtout je ne connais pas les différents types de psychotiques et les implications sur le patient.

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il y a une heure, Stephane.l a dit :

Pourquoi hypnotiser une personne qui a déjà une vision personnelle du monde ? N'est t'il pas plus sûr de calquer ton comportement et tes actions selon la carte du monde du patient psychotique ? Il existe des écrits de Erikson sur des patients qu'il "aurait" traité. Je ne m'avance pas plus, il faudrait des exemples de comportement et réaliser des tests et surtout je ne connais pas les différents types de psychotiques et les implications sur le patient.

 

Pourquoi hypnotiser une personne psychotique? Si cela constituait un façon de traiter ou d'apaiser un symptôme ce serait très intéressant et une alternative aux médicaments (je dis "si" parce qu'en l'occurrence, je ne connais pas l'état de la recherche dans le domaine). Ou tout simplement dans la gestion de l'anxiété...

 

Pour ce qui est de "calquer ton comportement et tes actions selon la carte du monde du patient psychotique", j'ai un peu envie de rire... Calquer son comportement sur celui d'un psychotique, quelle mauvaise idée. Oui, oui, je sais, on a toujours dans les livres d'hypnose et de thérapie brève l'histoire d'un thérapeute X qui a imité un patient Y et ça l'aurait guéri. Mais ce sont des anecdotes, le plus souvent non sourcée et qui ne relèvent absolument pas de la réflexion thérapeutique. Il faut être un psychiatre pour savoir ce qui est une bonne idée ou non pour traîter un psychotique et, de ce que j'ai lu, les formules magiques de la PNL ne font pas partie des solutions retenues. Mais @yengstro est sûrement le mieux placé d'entre nous pour savoir ce qui est utilisé aujourd'hui pour traiter ces personnes. ;)

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euh. alors la derniere des choses dans ma vie dont j ai envie c est de calquer un psychotique...

Etre persuadé d'avoir mes jambes qui courent toute seule au bout du couloir, ou bien voir des cadavres par terre autour de moi, ou avoir des voix qui me parlent ou hurlent dans la tete... très peu pour moi.

 

je developperai plus tard ici, ce que je pense qu'on pourrait "esperer" toucher/aider/soigner chez un psychotique.

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Je disais que la dernière des choses que j'ai envie d essayer dans ma vie, c est de ma synchroniser/ calquer sur un psychotique. Quand tu sais ce qu est la psychose et comment ils perçoivent la réalité, crois moi, tu n'en as pas envie :)

 

et de facon générale, ce sont des personnes dont la structure de la personnalité fait qu'elles ne viendront quasiment jamais spontanément participer à des shows/ streethypnose etc... et encore moins se former à cela. Je ne dis pas que c'est impossible, mais juste très improbable...

 

Concernant les aspects thérapeutiques, on pourrait imaginer plusieurs choses.

Déjà, il faut bien comprendre une chose. tout symptome à une fonction. Dans le cas de la pathologie mentale, on appel ca un mécanisme de défense. Tout le monde en utilise inconsciemment. le déni/ le refoulement, sont des mécanismes de défenses qui permettent à l'inconscient de protéger le conscient d'une réalité trop douloureuse ou inutile.

Les hallucinations, syndrome délirant, repli autistique, syndrome de dissociation, sont des mécanismes de défense du psychotiques. Sauf que ce sont des mécanismes inadaptés. Mais ils protegent. Retirez le délire d'un psychotique, et souvent il y a deux issus: le suicide ou l'hyper agressivité.

 

on peut donc imaginer les aspects thérapeutiques suivants:

Travailler sur le mécanisme d'hallucinations/automatisme mentale. en faisant chercher/comprendre son utilité au patient. 

Travailler sur la dissociation dans l'optique de réassocier le patient. la principale caractéristique du psychotique étant qu'il est dissocié par nature.

travail sur la sphere relationnelle et plus globalement la perception de son environnement.

Travail sur les addictions, qui sont une des principales co morbidités

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Mais tout cela releve de la théorie, et je pense que seule une personne ayant une grande connaissance des pathologies psychiatriques, travaillant en institution et ayant beaucoup de bouteille, pourrait se lancer dans ce genre de choses.

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Le 07/08/2017 à 16:37, Hugin a dit :

Je me méfie de plus en plus de l'usage du terme dissocié... Il est très emprunt de psychanalyse, et plus je lis des psychanalystes, moins je leur donne de crédibilité.

Cette explication des psychoses par un état dissocié est absent de la plupart des ressources anglosaxonnes récentes que j'ai pu trouver. Le mot est le plus souvent associé aux "troubles dissociatifs" et donc aux symptômes pas aux causes. C'est difficile de s'y retrouver là-dedans. :)

Alors mon ressenti, qui releve plus de l experience relationnel que d'études cliniques, c'est qu'il y a les deux. Le syndrome dissociatifs (troubles du langages, bizarreris, etc...) mais ils sont naturellement dissociés. C'est à dire qu'ils ne ressentent pas leur corps et leur personnalités comme un tout. Nombreux sont ceux pour qui leur bras ne leur appartient pas, ou leurs organes. La nécessité de se '"remplir" car ils vivent un grand sentiment de "vide". On peut retrouver des phénomenes d'analgésies quasi permanentes (nombreuses blessures des doigts, des levres dû a cette perte de la notion de douleur

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Ha j'ai écrit de la merde quand je relis ! non en fait je voulais dire que cela serait bien si y'avais des études hors erikson qui parleraient du recadrage du comportement de psychotiques ^^ et non calquer son comportement sur le sien XD Recadrer est mieux !

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Ça se trouve facilement... Mais évidemment on parle de recadrage dans le cadre de thérapie cognitivo-comportementale (et non de l'utilisation du terme selon la PNL). Un exemple:

Citation

Recadrage de la psychose
«Reframing psychosis» désigne la compréhension de la psychose par les patients, ce qui favorise la participation au traitement actif. Le modèle de stress-vulnérabilité de la psychose est fréquemment utilisé pour justifier la nécessité d'interventions pharmacologiques et psychologiques. Une telle stratégie est considérée comme susceptible d'être utile en réduisant l'autostigmatisation et en augmentant la réceptivité des patients au rôle possible de leur environnement social et physique en tant que déclencheur et, par conséquent, la possibilité d'exercer un certain contrôle sur leurs symptômes.

Source: Normand, R., Townsend, L. (1999) Cognitive-Behavioural Therapy for Psychosis: A Status Report. The Canadian Journal of Psychatry. vol. 44. Issue 3.

Et cerise sur le gâteau, l'article est disponible gratuitement (et légalement) ici:  http://journals.sagepub.com/doi/pdf/10.1177/070674379904400304

 

Le grand intérêt de cette étude c'est que c'est une méta-analyse qui reprend les résultats de plusieurs études sur les différentes stratégies cognitivo-comportementales et leurs effets. La conclusion c'est que les effets ne sont pas certains et qu'il faudrait plus de recherche dans le domaine.  Les auteurs sont des docteurs en psychologie/psychiatrie (donc un minimum de 7 ans d'études dans le domaine), et je les crois largement plus compétents que nous pour déterminer ce qui est pertinent ou non pour un psychotique.

 

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Je n'ai, hélas, pas le temps ni la disponibilité psychique pour lire cet article ce soir, mais connaissant les TCC (thérapie cognitivo-comportemental) dans ma pratique infirmière en psychiatrie, je dis OUI. Les TCC sont un atout indéniable pour le patient. Il leur permet de travailler concrètement et avec des effets relativement rapide sur des troubles ou symptômes. De leur laisser une part active, contrairement aux psychotherapies. Et c'est un outil très polyvalent, qui aide dans beaucoup de domaine, tel que l education thérapeutique, la compréhension de la maladie, l'intêret de l'observance et la compréhension de l'action des traitements médicamenteux. 

Bref, ca aide dans beaucoup de domaine. Mais hélas, dans beaucoup d'endroit, c'est trop peu utilisé, ou le temps et les outils ne sont pas adaptés. Et ca n'est pas encore bien inscrit dans les moeurs des soignants et surtout des médecins.

 

Mais pardon, je m'éloigne un peu de l'hypnose là... :P

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Le 03/09/2017 à 18:27, yengstro a dit :

ah mais si, c'est cool de voir que d'autres personnes s interesse au sujet , meme s il ne participe pas directement^^

 

Hehe eh bien étant en licence de psycho et tout particulièrement intéressé par la psychopathologie, c'est tout naturel que ce sujet m'intéresse beaucoup xD

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