M. Erickson : de la nature de l'hypnose et de la suggestion
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5 messages dans ce sujet

Bonjour à tous,

 

Je me suis lancé dans la lecture du tome 1 (cf. titre) et dans un second "la sagesse de Milton Erickson" (j'ai des questions concernant celui là sur plusieurs points, mais j'y reviendrai un prochaine fois). Comme je viens de commencer la lecture du tome 1, je préfère poser des questions sur ce dernier.

 

Alors, ça va être un post très long puisque je vais retaper du texte provenant du libre pour que vous m'aidiez au mieux à la compréhension du passage.
Merci d'avance à tous ceux qui vont aller jusqu'au bout :D.

"Mlle O. avait un tempérament colérique reconnu de longue date. Fille unique, chaque fois qu'elle était contrariée ou déçue par son père ou sa mère, elle tournait soudain les talons, montait précipitamment dans sa chambre, claquait la porte, se jetait sur son lit, et éclatait en sanglots rageurs. Elle consentit à suivre la suggestion suivante : descendez l'escalier qui est juste à côté de cette pièce, sortez du bâtiment par la porte latérale au pied de l'escalier, jetez un rapide coup d'oeil sur le campus, revenez dans le bâtiment, regardez rapidement autour de vous, ensuite montez à l'étage de plus en plus vite, entrez précipitamment ici en claquant la porte derrière vous et jetez-vous sur votre chaise à votre place.

Visiblement gênée, elle accepta, et quelques minutes plus tard, le groupe put entendre Mademoiselle O. monter les escaliers en courant. Elle se rua dans la pièce , le visage écarlate, laque la porte derrière elle, se jeta sur sa chaise, posa la tête sur ses bras sur la table, et devant tout le monde (groupe + expérimentateurs = erickson) tous stupéfait et perplexe, elle éclata en sanglot.
Après avoir sangloté quelques minutes elle se redressa et s'en prit furieusement à l'expérimentateur pour sa suggestion "scandaleuse" avant de diriger sa colère pour leur "conduite honteuse". Puis,a avec la même soudaineté, sa colère l'abandonna, et d'un ton déconcerté et surpris, elle demanda : "pourquoi me suis-je mise dans une telle colère?"
Le groupe se discuta et posa des questions à Mademoiselle O. pou savoir à quel moment sa colère avait commencé. Elle ne put répondre qu'elle n'en avait aucune idée. Elle accepta de retenter l'expérience poussée par la curiosté, avec pour suggestion supplémentaire de "noter exactement où vous êtes quand la colère commence".
Elle eut exactement le même comportement que précédemment avec une différence, quand elle recommença à s'en prendre à l'expérimentateur et au groupe, elle se rendit compte soudainement de la réalité de la situation, s'interrompit, et se mit à rire à travers ses larmes en disant : tiens j'ai refait la même chose.
Elle expliqua alors : j'étais entrain de penser que la fois d'avant, je devais avoir remonté la moitié de l'escalier mais ensuite je me suis mis soudainement tellement en colère que j'ai été incapable de penser jusqu'à cet instant. Mais s'il vous plaît, ne me parlez pas parce que je suis encore en colère et je n'y peux rien." Son visage et sa voix confirmaient ses propos.
Plus tard, l'expérimentateur lui demanda encore si elle voulait répéter l'expérience. Elle hésita un moment et finit par accepter.  Alors qu'elle se dirigeait vers le porte de la salle, elle fit remarquez qu'il n'était pas nécessaire d'accomplir la procédure en totalité, mais qu'il suffisait qu'elle passe en revue mentalement tout ce qu'(elle avait à faire, étape par étape. Comme elle finissait de parler, elle sourit la porte pour quitter la pièce, mais elle la claqua aussitôt et se tourna vers l'expérimentateur en hurlant "Vous - vous - vous ! ". Elle fondit alors en larmes et s'effondra sur sa chaise sanglotant. Elle retrouva son calme et demanda à être dispensé de toute nouvelle participation à ce genre d'expérience."

Voilà, c'est une partie d'une des expériences d'erickson avec cette personne, j'ai une autre partie du texte où cette même personne va en transe de manière incontrôlée (enfin c'est ce que je pense et comme c'est un peu ce qu'il m'est arrivé récemment, j'aimerai vraiment tout comprendre point par point) et je demanderai également votre avis sur ce passage.

Concernant ce que je vous ai écris, je me pose plusieurs questions :

  • Je ne sais pas si celle là est bien tournée... : Qu'est ce qui s'est passé pour que la personne se retrouve en colère en remontant uniquement des escaliers rapidement et en claquant une porte ? est-ce qu'il y a une sorte de routine créée et adoptée par le cerveau de telle manière qu'il suffise uniquement à remettre la personne dans le même état de colère que lorsqu'elle était plus jeune ?
  • Ce que j'ai du mal à saisir, c'est que l'expérimentateur n'a apparement fait aucun "travail" au préable sur cette personne et elle semble faire une régression (je me trompe peut-être ? Ce que j'entend dans ce cas par régression c'est qu'elle retrouve un état de colère qu'elle a connu dans sa jeunesse), sans s'en rendre compte, sans de réelles suggestions et inductions...
  • Dans la dernière étape , elle s'en prend tout de suite à l'expérimentateur (enfin même avant). Pourquoi ? Est-ce que dans les trois répétitions de l'exercice elle était en transe ? Est-ce possible que ce soit "son inconscient qui parle à sa place" (il me semble que cela est possible, dites moi si je me trompe et/ou éclairez moi :P )?


Encore merci !

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Il manque malheureusement souvent les explications dans les collected papers 

 

Les voix d'Erickson sont impénétrables... :)

 

Il faudrait que je relise l'article en entier pour te donner mon point de vue mais ta première hypothèse me semble assez juste. 

 

J'ai souvent eu des doutes ou je suis souvent resté perplexe en lisant les collected papers, y'a souvent un côté " et le patient reparti heureux pour le restant de ses jours" 

 

Je me risquerai pas à une analyse précise, il faut souvent lire entre les lignes et c'est e' lisant la totalité des collected qu'on commence à capter le pourquoi du comment, surtout que beaucoup d'explications arrivent au tome 4, le meilleur pour moi

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Le 08/08/2017 à 20:47, Kalagan a dit :
  • Qu'est ce qui s'est passé pour que la personne se retrouve en colère en remontant uniquement des escaliers rapidement et en claquant une porte ? est-ce qu'il y a une sorte de routine créée et adoptée par le cerveau de telle manière qu'il suffise uniquement à remettre la personne dans le même état de colère que lorsqu'elle était plus jeune ?
  • Ce que j'ai du mal à saisir, c'est que l'expérimentateur n'a apparement fait aucun "travail" au préable sur cette personne et elle semble faire une régression (je me trompe peut-être ? Ce que j'entend dans ce cas par régression c'est qu'elle retrouve un état de colère qu'elle a connu dans sa jeunesse), sans s'en rendre compte, sans de réelles suggestions et inductions...
  • Dans la dernière étape , elle s'en prend tout de suite à l'expérimentateur (enfin même avant). Pourquoi ? Est-ce que dans les trois répétitions de l'exercice elle était en transe ? Est-ce possible que ce soit "son inconscient qui parle à sa place" (il me semble que cela est possible, dites moi si je me trompe et/ou éclairez moi :P )?

Pour ta première question selon mes connaissances ( faibles mais peut être utiles) : 

 

Sa colère a dû fonctionner de la manière suivante, tu sais faire du vélo ? Eh bien le vélo ne s'oublie pas car tu ne sais pas comment tu pédales tu le fais et puis c'est tout. Tu ne te poses pas la question a savoir si tu SAIS...car quelqu'un d'autre sait à ta place car toi consciemment n'a pas que ça a faire à penser pédaler c'est a dire être assis en équilibre, pédaler et aller a droite à gauche ! Ton inconscient le fait à ta place c'est un APPRENTISSAGE. Sa colère maintes fois répétées dans son enfance sont comme le vélo, toujours le même processus les mêmes actions donc les même réactions ! De plus nous n'avons pas d'indications a savoir la transe dans laquelle elle se trouve plus la transe et profonde plus l'inconscient peut réagir sans l'intervention du conscient.

 

Erikson avait repéré son processus sortir de la pièce (tourner les talons) descendre dehors ( ce qui implique qu'elle devra remonter), quand tu observe rapidement doit avoir une incidence aussi. Remonter rapidement comme elle fessait chez elle et s'assoir (sur son lit= la chaise) et pleurer. Puis s'énerver qui constitue une réaction etc etc même processus donc même réactions.

 

Deuxième point : " Elle consentit à suivre la suggestion suivante " cela peut tout vouloir dire je parie sur un état de transe entre la distraction et le somnambulique car erikson s'amusait à souvent donner des suggestions masquées cachées indirectes. Au fil de ta lecture tu liras que erikson s'est entrainé toute sa vie a interpréter des signaux non verbaux et à favoriser une transe sans que la personne s'en soit rendue compte quelle belle journée d'été n'est ce pas, tu a fait du vélo cette semaine ? Enfin bref. Elle n'est pas en état de régression il a juste utilisé un processus inconscient chez elle ce qui explique sa confusion suite à sa réaction et le fait quelle se pose des questions par rapport à son comportement.

 

Erikson comme il est à la base de cette réaction c'est a dire la cause il lui rappelle inconsciemment ses parents qui la contrariaient donc la colère qu'elle avait du exprimer contre eux est ressortie sur lui. Elle a des souvenirs a chaque fois qu'elle fait les étapes de ces colères il est possible à l'état de veille (normal) re recréer partiellement ou totalement suivant la personne le résultat en repensant au processus, en état de transe même un souvenir peut être beaucoup plus facile à remémorer et donc recréer la colère. C'est pourquoi un souvenir humiliant d'un enfant par exemple peut en faire un adulte peu sur de lui car enfant il y a beaucoup pensé dans diverses situations et a associé ces situations à ce souvenir et ces situations sont toujours vécues par l'adulte donc l'adulte ne se sent pas sur de lui car peur d'être humilié. ( je dis verger un peu mais c'est un principe). Ce n'est pas l'inconscient à mon sens qui parle c'est elle qui demande à son inconscient de réagir en repensant aux étapes de ses colères donc elle devient colérique.

 

Voila mon point de vue ^^ ou pavé comme tu veux

 

 

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Il y a 14 heures, Fatlypoz a dit :

Il manque malheureusement souvent les explications dans les collected papers 

 

Les voix d'Erickson sont impénétrables... :)

 

Il faudrait que je relise l'article en entier pour te donner mon point de vue mais ta première hypothèse me semble assez juste. 

 

J'ai souvent eu des doutes ou je suis souvent resté perplexe en lisant les collected papers, y'a souvent un côté " et le patient reparti heureux pour le restant de ses jours" 

 

Je me risquerai pas à une analyse précise, il faut souvent lire entre les lignes et c'est e' lisant la totalité des collected qu'on commence à capter le pourquoi du comment, surtout que beaucoup d'explications arrivent au tome 4, le meilleur pour moi

Oui, il manque beaucoup d'explications. Je trouve que les explications de situations ou d'expériences démarrent bien, mais s'arrête très brusquement, sans aller très loin.
Eh bien, je n'y suis pas encore au tome 4 ! Je n'ai jamais aussi lentement de ma vie. En même temps, je vais comprendre et enregistrer le maximum d'informations... :)

 

Il y a 3 heures, Stephane.l a dit :

Pour ta première question selon mes connaissances ( faibles mais peut être utiles) : 

 

Sa colère a dû fonctionner de la manière suivante, tu sais faire du vélo ? Eh bien le vélo ne s'oublie pas car tu ne sais pas comment tu pédales tu le fais et puis c'est tout. Tu ne te poses pas la question a savoir si tu SAIS...car quelqu'un d'autre sait à ta place car toi consciemment n'a pas que ça a faire à penser pédaler c'est a dire être assis en équilibre, pédaler et aller a droite à gauche ! Ton inconscient le fait à ta place c'est un APPRENTISSAGE. Sa colère maintes fois répétées dans son enfance sont comme le vélo, toujours le même processus les mêmes actions donc les même réactions ! De plus nous n'avons pas d'indications a savoir la transe dans laquelle elle se trouve plus la transe et profonde plus l'inconscient peut réagir sans l'intervention du conscient.

 

Erikson avait repéré son processus sortir de la pièce (tourner les talons) descendre dehors ( ce qui implique qu'elle devra remonter), quand tu observe rapidement doit avoir une incidence aussi. Remonter rapidement comme elle fessait chez elle et s'assoir (sur son lit= la chaise) et pleurer. Puis s'énerver qui constitue une réaction etc etc même processus donc même réactions.

 


Merci de confirmer ce que je pensais :)

J'ai l'impression aussi que, dès que l'on parle (pour le moment) des volontaires d'Erickson, ils entrent tous en transe somnabulique. Est-ce vraiment la réalité ? Comme fait-il pour amener une personne si rapidement et "facilement" en transe si profonde (même pas besoin de rupture de pattern pour dissocier et tout... ^^) ? Est-ce que ses prouesses sont réellement dues a ses expériences de vie (maladies, observations...) ?

En tout cas, à chaque page je suis comme un gosse (je suis pas vieux non plus ;) )

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Tiens, je trouve tout à fait pertinent de mettre ça ici. C’est une mise en perspective intéressante des récits d’Erickson. C’est tiré du livre “The Practice of Hypnosis” d’André M. Weitzenhoffer, mais on peut lire l’extrait en ligne ici: https://www.ukhypnosis.com/2012/12/12/milton-ericksons-reverse-set-hypnotic-induction-weitzenhoffers-criticisms/

 

Je l’ai traduit rapidement pour permettre aux non-anglophones de comprendre (coucou @Heyrin).

 

 

Citation

 

“J'ai vu Erickson utilisé plusieurs des mêmes tactiques que j'avais vu utiliser Slater et d'autres hypnotiseurs de scène. Je ne vais pas tenter ici d'aborder la question en détail, mais j'aimerais faire quelques observations pertinentes. Erickson n'a pas hésité à présenter un effet suggéré comme «hypnose», que le sujet soit ou non dans un état hypnotique. En fait, il ne hésitait pas à présenter un comportement qui était douteux comme étant hypnotique. [...]

 

Erickson était particulièrement habile à capitaliser sur tout ce que le sujet faisait et en le construisant autour. Plus d’une fois, j'ai eu l'impression qu'il encourageait subtilement ses sujets à jouer un rôle. Erickson était également très habile à transformer les échecs en succès aux yeux des spectateurs. La célèbre "induction de Ruth" qui a été filmée dans l'un des laboratoires de l'Université de Stanford à la fin des années 1950 [arrangée par Weitzenhoffer lui-même] et plus tard utilisée par Erickson comme exemple de son utilisation du "reverse-set" était peut-être un tel échec. Ruth était ma secrétaire et celle d’Hilgard. Elle n’était pas un très bon sujet selon la “Stanford Scale”. Je ne le savais pas encore lorsque je lui demandais d'être un sujet volontaire pour Erickson. Selon toutes les normes, cette démonstration a été tout sauf convaincante. J’ai plus d’une fois eu l’impression que Érickson était déstabilisé par la situation, mais qu’il ne l'admettait pas. Malheureusement, nous n’avions pris aucune disposition pour une période de discussion, et tout ce que Erickson aurait pu dire au sujet de la session n'a jamais été dit. Sur la base de ce que j'ai vu et de mon entretien avec Ruth le lendemain, il est discutable de dire que Ruth ait été dans un état hypnotique. Rétrospectivement, bien plus tard, Erickson expliqua à [Jay] Haley qu'il avait fait la démonstration, avec Ruth, d’une «Reverse set induction» ; une méthode dont il n'avait jamais fait allusion auparavant et qui m'a toujours semblé avoir été inventée sous la pression de devoir donner à Haley un explication. Précisons que Erickson s'est racheté dans la soirée suivant la session, en faisant une démonstration improvisée après le dîner chez Hilgard, avec une superbe utilisation de suggestions non verbales et la production d'une hallucination complexe, sur un sujet qui, sans qu’il le sache avait une côte élevé sur la Stanford Scale.” (Weitzenhoffer, 2000, p. 420-421)

 

 

En relayant ce texte ici je ne veux pas dire que Weitzenhoffer a forcément 100% raison sur Erickson (surtout qu’on sent bien qu’il défend aussi sa Stanford Scale au passage), mais je crois qu’il ne faut pas nécessairement tenir pour parole d’évangile tout ce qu’a écrit Erickson. Il a sûrement été un thérapeute hors du commun et il a marqué l’hypnose d’une façon indiscutable, mais c’était aussi un humain (avec ce que ça comporte de personnalité, d’ego, de biais cognitifs).

 

Et puis ne surinterprétons pas non plus ce que nous décrit Erickson. ;)

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