Pour aller plus loin

Le Clean Language

C’est une technique inventée par David Grove avec une vision initialement thérapeutique. Je me la suis appropriée également pour transformer mon approche de l’hypnose profonde. Nous n’allons pas rajouter des éléments supplémentaires avec le Clean Language, mais au contraire enlever tout ce qui est superflu.

Le Clean Language accompagne le processus du client tout en garantissant que ses propres signifiés et ses résonances demeurent intacts et non contaminés par les mots du thérapeute.

David Grove

David Grove a remarqué qu’en laissant plus de place aux métaphores du client, elles révélaient davantage leur force que lorsqu’il s’agissait de celles venant du thérapeute. Pour cela, il a développé un « langage propre » basé sur du questionnemet et cherchant à minimiser les contaminations de l’hypnotiseur. Il évite d’ajouter des mots qui viennent de lui. Il ne s’agit pas de partir dans tous les sens avec des questions indirectes et vagues. Bien au contraire, nous allons guider nos volontaires dans leur transe en posant des questions très précises.

Le but du Clean Language

L’objectif premier est d’utiliser un langage orienté sur le questionnement qui permet de n’imposer au volontaire aucune valeur, construction ou présupposition de ce qu’il devrait imaginer comme métaphore. Notre volontaire doit être libre d’imaginer les métaphores qui lui parlent le plus, sans jugement de notre part. Dans l’exemple des pieds impossibles à bouger, certains orientent leurs schémas internes vers un rendu plutôt de l’ordre de la glue, d’autres ont l’impression d’être enchaînés, d’autres encore bloqués dans du béton, et peut-être certains même sont enfermés dans de l’amour infini qui les empêche de bouger. Le Clean Language permet de laisser nos volontaires vivre leur expérience exactement comme ils le souhaitent au fond. Il y a mille manières de ne plus pouvoir bouger ses pieds du sol. A nous de permettre à nos volontaires de trouver la meilleure façon de faire, pour eux.

Une méthode basée sur le questionnement

Poser des questions est une chose, les poser de manière « propre » en est une autre. Il y a certaines logiques à respecter dans la manière d’associer les mots. Systématiquement, nous rechercherons à pousser le volontaire à porter son attention sur ses propres perceptions internes.

Ces questions permettront de développer la métaphore et de raconter une histoire. La clé, c’est le mouvement et l’animation de cette histoire.

La première question est basique : elle permet de lancer une première approche symbolique en direction de notre objectif annoncé. Toutefois, même pour une question aussi basique, nous pourrions inventer mille manières différentes de la poser.

Qu’est-ce que tu pourrais imaginer pour que tes pieds soient impossibles à bouger tout à l’heure ?

Le fait d’avoir ses pieds impossibles à bouger, c’est comme quoi ?

Si tu avais les pieds impossibles à bouger, cela ressemblerait à quoi ?

Où sont tes pieds pour qu’il te soit impossible de les bouger ?

Quel genre de choses pourrait rendre tes pieds impossibles à bouger ?

Ensuite, nous allons demander d’animer la métaphore. De la faire avancer dans le temps.

Imaginons pour notre exemple que le volontaire ait eu l’image du béton.

Et comment pourrait se transformer le béton ensuite ?

Et ensuite ? Qu’est-ce qu’il se passe ?

Et qu’est-ce qu’il se passe juste avant que tes pieds soient impossibles à bouger à 10/10 ?

Et d’où pourrait venir cette sensation que tes pieds sont impossibles à bouger à 10/10 ?

Vous l’avez peut-être noté, toutes les questions amenant une évolution, une continuité ou une connexion à d’autres choses commenceront par « et ». C’est intentionnel afin de vraiment emmener notre volontaire dans une histoire prolongée qui se crée au fur et à mesure de nos questions.

En modifiant les sous-modalités, nous allons enrichir les métaphores grâce à ce même système de questionnement.

– Et ce béton, il est de quelle couleur ?

– Il est gris.

– Et pour que tes pieds soient impossibles à bouger à 10/10, il devrait plutôt être de quelle couleur ?

– Ce serait marrant s’il était rose fluo.

– Super ! Et ce béton rose fluo, il pourrait être de quelle texture pour que ce soit encore plus fort ?

– J’aimerais qu’il soit comme du caoutchouc.

– Parfait. Et qu’est-ce qu’il se passe ensuite avec ce béton rose fluo en caoutchouc ?

– Un petit lutin vient poser des petites étoiles pour le rendre encore plus solide.

A aucun moment, en tant qu’hypnotiseur, je ne viens porter un jugement sur les réponses de mon volontaire. Je cherche juste à ce qu’il développe son histoire et reste captivé pendant que le phénomène hypnotique continue à se renforcer.

“Je ne sais pas”

Certaines personnes ne vont pas totalement jouer le jeu de leur imaginaire et vont plutôt répondre « je ne sais pas » en permanence. En lisant entre les lignes, nous devons comprendre que leur état d’esprit nécessite encore quelques ajustements. Il existe une technique toute simple pour les faire sortir de cette froideur créative : leur montrer l’exemple. Pour devenir un meilleur hypnotiseur, nous allons devoir apprendre à être un bon hypnotisé aussi. En stimulant leur imaginaire, ils vont finir par nous suivre dans nos délires en s’appropriant l’un de nos exemples ou encore mieux en commençant à se faire confiance et à exprimer leurs propres métaphores. Comme si le simple fait de leur avoir montré à quel point nous nous autorisions un imaginaire créatif à exister leur donnait le droit d’être un peu plus libre d’imaginer des choses folles à leur tour.

SCHEMA-Stimuler-Imaginaire
Stimulation de l'imaginaire

Passer du conceptuel au symbolique

Nombreux sont ceux qui répondront par des métaphores plutôt abstraites ou conceptuelles, ne laissant pas encore leur imaginaire créatif prendre le dessus.

J’peux plus bouger mes pieds parce qu’ils sont collés.

Ils sont impossibles à bouger, comme si j’étais bloqué.

L’objectif va être de titiller leur imaginaire en posant des questions ouvertes :

Quand ils sont collés, c’est comme quoi ?

Quand tu es bloqué, c’est comme quoi ?

La question « c’est comme quoi ? » aura tendance à convertir le conceptuel et l’abstrait en une métaphore plus vivante.

Utiliser les sous-modalités pour transformer les métaphores

L’utilisation des sous-modalités va nous permettre de modifier l’ensemble du paysage métaphorique.

Il y a souvent un intérêt à disposer d’un avant, d’un pendant et d’un après.

Avant, il y a la préparation de la glue. Pendant, j’ai mis de la glue sous mes pieds. Et après, elle a fini par sécher et durcir complètement. Poser des questions sur l’animation du temps afin d’établir une séquence revient à demander au volontaire d’utiliser une télécommande pour faire avancer la scène métaphorique vers une finalité plus vibrante.

J’imagine de la glue sous mes pieds.

Très bien, et qu’est-ce qu’il se passe ensuite ?

Elle change de couleur à mesure qu’elle sèche et durcit de plus en plus.

Nous pouvons aussi animer notre histoire en nous servant du passé. Gardons l’exemple de la glue :

Cette glue, d’où pourrait-elle venir ?

Elle viendrait de la bave d’un éléphant.

Et qu’est-ce qui a rendu cette bave aussi collante ?

L’éléphant est tombé dans une marmite de potion magique quand il était petit.

Schéma global d’utilisation du Clean Language

Enoncer la suggestion : nous allons jouer ensemble à rendre tes pieds impossibles à bouger.

Amener des métaphores symboliques : qu’est-ce que tu pourrais imaginer pour que tes pieds soient impossibles à bouger ?

Stimuler l’imaginaire si le volontaire répond “je ne sais pas” : pour que tes pieds soient vraiment impossibles à bouger, on pourrait rajouter plein d’images loufoques et drôles. Moi quand je vis ce phénomène j’adore imaginer que mes jambes se transforment en un énorme tronc d’arbre et que mes racines se déploient jusqu’au centre de la Terre. D’autres fois, je me surprends à voir un énorme hippopotame jaune avec un popotin rouge vif poser ses fesses sur mes pieds.

Encourager des transformations : de quelle couleur est ce béton ? Quelle couleur plus originale pourrait-il avoir à la place ?

Tester la suggestion

Sur une échelle de 1 à 10, à combien tes pieds sont-ils impossibles à bouger pour l’instant ? 10 signifiat impossible de les décoller. Teste et répond moi sincèrement.

Empilement des métaphores

Quand une métaphore s’essouffle, nous allons empiler par-dessus, symboliquement, une nouvelle métaphore qui n’aura aucun rapport avec la précédente.

Si notre volontaire avait imaginé du béton, il pourra ensuite partir sur une image de sables mouvants, en répétant toute la démarche du Clean Language et en rendant la métaphore la plus vivante et originale possible. La multiplication des symboliques différentes renforcera encore plus le phénomène hypnotique. Si la personne mesure l’intensité de ses pieds collés au sol à 6/10 suite au béton que l’on a transformé, et que dans son retour elle nous explique que c’est parce qu’elle sent qu’elle réussit toujours à soulever ses talons, alors nous avons tout intérêt à encourager ensuite une métaphore venant bloquer les talons également.

Super, tu te débrouilles très bien. C’est déjà génial d’avoir les pieds collés à 6/10. Et pour les avoir bloqués à 10/10, avec les talons bien fixés au sol, qu’est-ce que tu pourrais rajouter dans ton imaginaire ?

Haha, j’ai vu des zombies sortir des mains de terre et m’agripper les chevilles par derrière !

Imagine tout ça dans les moindres détails, et teste ensuite de nouveau. Et dis-moi, sur une échelle de 1 à 10, à combien tu en es désormais.

Houla, ça a bien augmenté, au moins 9/10.

SCHEMA-Clean-Language
Schéma d'empilement des métaphores en Street Hypnose