L’hypnose de rue éthique et bienveillante, c’est possible ?

En 2017, l’hypnose fait encore peur. Dans la rue, il est assez courant qu’on nous demande si nous allons vous faire faire la poule, vous faire imaginer que vous avez une jambe coupée ou bien encore vous provoquer certaines peurs. Et bien évidemment, certains hypnotiseurs de rue le feront, sans aucun scrupule.

Cette peur, on la retrouve aussi dans la législation. Vous avez tous entendu parlé de cette loi belge de 1892 qui interdit l’hypnose “à des fins de divertissement” et qui a obligée Messmer à annuler un de ses spectacle dans le plat pays. Et bien qu’en hypnose de rue nous ne faisons pas du spectacle et que l’intention est de faire passer un bon moment à l’hypnotisé et non pas aux spectateurs, nous tombons sous le coup de cette même loi. Malheureusement encore pour certains, la limite entre spectacle et hypnose de rue est très fine et il n’est pas rare de voir certains “débordements”.

Mais tout ça, est-ce éthique ou pas du tout ? Est-ce bienveillant ? Est-ce déontologique ?
En dehors du cadre définit par la charte éthique et déontologique de Street Hypnose, quelle est votre éthique personnelle ?

C’est quoi l’éthique ?

L’éthique c’est l’ensemble des règles et normes qui permettent de rendre une action normale, cette normalité étant aussi bien définie par le cadre légal du lieu de pratique, que par les habitudes et croyances de l’hypnotiseur et de l’hypnotisé, ainsi que par une infinité d’autres paramètres aussi bien objectifs que subjectifs.

Au sens premier du terme, l’éthique est une branche de la philosophie, ce qui en fait donc une démarche de la recherche d’une vérité qui ne sera jamais trouvée. Cependant, c’est avec une certaine rigueur que cette recherche est justifiée ce qui permet de reconnaitre la logique infaillible à travers la subjectivité de l’éthique.

Cette philosophie morale consiste à mettre en place les règles d’une action bonne. Se comporter de façon éthique, c’est « bien agir ».

Mais concrètement, c’est quoi une action bonne en hypnose ?

Quelle différence y a-t-il entre le bon et le mauvais hypnotiseur ?

Le mauvais hypnotiseur, c’est le gars il a sa pancarte, il voit un volontaire, il l’hypnotise. Le bon hypnotiseur, c’est un gars, il a sa pancarte, il voit un volontaire, il l’hypnotise, mais c’est pas la même chose quoi.

Le prétalk

Trêve de digression, il est important de rappeler que l’intérêt et le but de la Street Hypnose, c’est de faire passer un bon et agréable moment à l’hypnotisé. Cependant, ce qui pourrait être agréable ou neutre pour vous ne l’est peut-être pas pour l’autre.

Prenons par exemple la nudité qui est encore un tabou très présent dans notre société. Pour certains, cela ne pose aucun problème. De par l’éducation, les croyances et l’acceptation de soi-même, peut-être que de vous imaginer nu devant une foule de personne ne vous gêne en aucun cas. Pour d’autres, cette expérience pourrait être traumatisante, et comme tout traumatisme, créer un comportement ou un apprentissage inconscient que votre volontaire ne souhaitait peut-être tout simplement pas.

En tant que thérapeute, il arrive parfois que des personnes viennent me voir en se plaignant que, suite à un spectacle d’hypnose plus particulièrement, elles ne sont plus elles-mêmes, qu’elles se sentent différentes ou qu’elles réagissent étrangement à certaines situations.
Cela vient souvent du fait que ces personnes ont été mal renseignées sur ce qu’est réellement l’hypnose, et qu’elles ne savent simplement pas qu’elles peuvent refuser certaines suggestions.

La première chose qui semblerait donc définir un bon hypnotiseur, c’est l’importance qu’il met dans son prétalk, dans sa manière de présenter l’hypnose ainsi que toutes les protections et fusibles qu’il donne à son volontaire.

Les premiers effets hypnotiques

Ensuite viennent les suggestions des premiers effets hypnotiques, et là encore, il y a autant de façon de faire qu’il y a d’hypnotisés et d’hypnotiseurs. Alors que certains vont préférer un style très directif, très autoritaire, d’autres choisirons un style plus indirect, plus Ericksonien.

A ce niveau-là, la question n’est plus de savoir si c’est bien ou mauvais, mais plutôt de voir, de sentir, de comprendre, ce qui est le mieux pour votre volontaire.

En tant qu’être humain, nous sommes tous pareil, fonctionnons tous globalement de la même façon. Cependant, en tant qu’individu, nous sommes uniques, différents les uns les autres, de par notre éducation, de nos croyances, de notre milieu social, etc. Ces différences font que notre cerveau fonctionne donc de manière particulière et c’est pour cela qu’il est nécessaire et indispensable de s’adapter à la personne qui est en face de nous.
Bien évidemment, le but n’est pas de faire une psychanalyse de la personne pour comprendre son mode de fonctionnement, mais simplement de se synchroniser à elle pour ressentir et analyser ce qui est bon pour elle.

La seconde choses qui semblerait donc définir un bon hypnotiseur, c’est sa capacité à se synchroniser à son volontaire, sa faculté à savoir quoi dire et quoi suggérer pour que ce soit idéal à tout moment pour l’hypnotisé.

Les effets hypnotiques avancés

Une fois les formalités en place, il est temps de s’attaquer aux effets hypnotiques plus complexes, qui demandent un état d’hypnose plus poussé et même quelques contournements de résistances pour certaines personnes.

Bien que des effets hypnotiques simples peuvent provoquer des états puissants chez certains, nous allons prendre les hallucinations visuelles pour exemple.

Tout d’abord il est nécessaire de se rappeler qu’en tant qu’être humain, chaque état émotionnel rencontré laisse des traces plus ou moins fortes dans notre cerveau et dans notre façon d’être, de réagir et dans nos apprentissages. De ce fait, dans notre exemple, voir quelque-chose d’effrayant, voir un proche décédé, ou même quelque-chose d’impossible, le tout sans fusible, peut-être très dangereux.

Je vous invite à lire ou relire cet article sur les abréactions, ces décharges émotionnelles incontrôlées afin de comprendre ce qui peut se passer chez une personne lorsqu’une émotion est vécue alors qu’elle n’était pas attendue.

Au-delà de ça, n’oublions pas que le cerveau peut aller chercher de la logique dans ce qu’il imagine, ce qui implique que de s’imaginer avec une jambe coupée (ou arrachée comme dans le spectacle Intemporel de Messmer) peut, dans certains cas, provoquer la douleur logiquement associée. Bien qu’une partie de nous sache très bien qu’il s’agit d’imaginaire, de rêve, une autre partie, elle, ne sait plus faire la distinction entre le réel et l’irréel.

Une connaissance des dangers psychologiques et émotionnels est un élément en plus à prendre en compte dans la définition du bon hypnotiseur.

Le réveil

Après s’être parfaitement bien amusé et avoir pris un maximum de plaisir hypnotique, vient le moment du réveil, le moment où le cerveau repasse dans un mode de conscience plus habituel.

Ce moment est véritablement crucial car c’est à ce moment précis où l’imaginaire reprend sa place en laissant derrière lui les traces des choses magnifiques qu’il a créées dans cette perception que nous pouvons avoir du monde réel.
Il est donc important de ramener l’hypnotisé avec toutes ces belles choses pour qu’il puisse en profiter à tout instant, se souvenir de tous ces magnifiques moments passés, et en retirer du positif en toute circonstance.

Au-delà des choses vécues, c’est en étant à nouveau recentré avec lui-même et maître de son corps et ses pensées que le volontaire doit repartir, souriant, heureux et fier de ce qu’il a accomplis.

Le bon hypnotiseur ne terminera donc pas sa séance avec de simples suggestions, mais pourra laisser un cadeau mémorable à son partenaire, et il prendra soin de vérifier qu’il repart parfaitement bien.

Et la bienveillance dans tout ça ?

A contrario de l’éthique qui est de « bien agir », la bienveillance consiste à « bien veiller », c’est-à-dire de veiller sur l’autre de manière positive, sans jugement, veiller à son bonheur.

La bienveillance est intrinsèquement liée à l’éthique car à travers une action bonne, c’est l’intention qui est positive.

Que ce soit au niveau du prétalk, des effets hypnotiques, du réveil ou autre, veiller sur son partenaire est une évidence, que ce soit physiquement (faire attention à ce qu’il ne se blesse pas), ou psychologiquement (ne lui créer aucune problématique). Il est important de se rappeler que le cadre ludique de l’hypnose de rue a pour objectif de faire passer un bon moment à l’hypnotisé, et que ce bon moment passe par un échange humain et qu’un rapport de confiance se met alors en place.

C’est donc à travers le respect de l’autre que la bienveillance prend sa place.

L’hypnose de rue éthique et bienveillante, ça existe alors ?

Et bien non, l’hypnose, qu’elle soit de rue, de spectacle, thérapeutique, ou utilisée dans n’importe quel cadre, ne peut pas être éthique et bienveillante. Seuls les hypnotiseurs peuvent être éthiques et bienveillants.

Malheureusement, aujourd’hui n’importe qui peut maîtriser les techniques de base de l’hypnose, et rien ne permet de savoir si l’hypnotiseur sera bienveillant ou pas. L’instauration d’une charte comme celle de Street Hypnose, rédigée par des professionnels de l’hypnose était donc une nécessité et permet ainsi de reconnaître toutes les personnes souhaitant s’investir et s’engager dans cette éthique, sans pour autant brider leur créativité.

Ethique et bienveillance sont donc devenues deux pierres angulaires des formations Street Hypnose, pour que tous les nouveaux hypnotiseurs puissent continuer de partager leur passion avec de parfaits inconnus dans le respect d’autrui et en promouvant la beauté et toutes les choses extraordinaires que peut amener l’hypnose.

Ne pratiquez donc pas une hypnose de rue éthique et bienveillante, soyez éthique et bienveillants !