Catégorie:Suggestions

De Street Hypnose
Milton erickson.jpg Ce bon vieux Milton Erickson vous prévient :
ceci est une ébauche d'article, il faut l'améliorer

Selon la définition classique d'Hippolyte Bernheim, la suggestion est l'"acte par lequel une idée est introduite dans le cerveau et acceptée par lui". On peut faire plusieurs commentaires sur cette définition :

- La définition de Bernheim semble devoir inclure les ordres, les demandes, les menaces, les présupposés, etc. - la seule condition étant que l'idée soit acceptée. De ce point de vue, une suggestion peut donc être définie comme une communication efficace.
- La suggestion est un acte, et pas un énoncé. Il ne faut donc pas confondre l'idée transmise par la suggestion (la main collée) et la suggestion elle-même (le processus par lequel l'idée est transmise). "Ta main est collée" n'est pas une suggestion, c'est l'énoncé d'une suggestion ; la suggestion désigne le fait de communiquer cet énoncé. Ne pas confondre la suggestion et l'énoncé de la suggestion est important, d'une part parce que des suggestions différentes peuvent introduire une même idée (par exemple, l'idée de la main qui monte peut être causée par une suggestion directe ou indirecte), d'autre part parce que certaines idées peuvent être communiquées sans user du langage (il suffit de poser un doigt sur la main du volontaire pour qu'il l'interprète comme la suggestion d'une poussée).

La suggestion est l'élément fondamental d'une séance d'hypnose. Il n'est pas impossible que le sens du pre-talk tienne dans les suggestions qui y sont données ; que les inductions ne soient que des suggestions de rentrer en transe ; que le réveil ne soit qu'une suggestion de se sentir réveillé et plein d'énergie. Comprendre l'hypnose, c'est peut-être seulement comprendre comment les suggestions fonctionnent.

Suggestion quotidienne et suggestion hypnotique

Suggestions quotidiennes et suggestions hypnotiques ne diffèrent pas par leur formulation, elles diffèrent par la façon dont elles sont interprétées par le sujet en tant que suggestions. Si dans la vie de tous les jours quelqu'un me suggère simplement d'allumer la lumière, je sais bien que c'est simplement une suggestion, ce qui fait que je reste libre de le faire ou non. Le propre de la suggestion hypnotique, c'est qu'elle entraîne la perte du sentiment de liberté par rapport au comportement visé par la suggestion.

- A un premier niveau, tout se passe comme si l'idée qui m'a été communiquée devenait ma nouvelle "réalité". Je considère le prénom qu'on m'a proposé comme étant le mien, j'ai soudainement envie de boire, etc.
- A un niveau plus profond, si on me fait la suggestion hypnotique que ma main est collée à la table, je peux avoir l'impression de ne pas pouvoir vaincre cette suggestion. Auquel cas, c'est comme si j'avais oublié que cette suggestion n'était... qu'une suggestion. Cette incapacité à "vaincre" la suggestion, c'est ce que certains auteurs appellent "l'effet classique de la suggestion" (Weitzenhoffer, 1980).

Dans le cadre de l'Automatic Imagination Model, on dira ainsi que toute suggestion hypnotique est double : il y a la suggestion elle-même (la main collée sur la table) et toujours parallèlement, la suggestion de ne pas considérer la première suggestion comme une simple suggestion, mais comme quelque chose de réel. C'est là ce qui ferait la différence avec les suggestions quotidiennes qu'on peut me faire.

Suggestions directes et suggestions indirectes

Les suggestions directes sont les suggestions qui énoncent explicitement l'effet attendu. Par exemple, dans un cadre quotidien, une suggestion directe pourrait être "est-ce que tu veux bien allumer la lumière ?". Une suggestion indirecte laisse l'interlocuteur deviner lui-même l'effet attendu : "il fait sombre ici, tu ne trouves pas ?".

[Avantages comparatifs]

Suggestions d'effets et suggestions de métaphores

Dans un cadre hypnotique, il y a deux façons d'arriver à un effet :

- Soit c'est l'effet lui-même qui est suggéré. Par exemple : "ton bras se lève de plus en plus haut".
- Soit c'est une métaphore symbolisant l'effet qui est suggérée. Par exemple : "imagine qu'un ballon est attaché à ton poignet".

Dans ce cas, quelle type de suggestion adopter ? Dans leur article de 1999 ("Intentional and spontaneous imagery in hypnosis: The phenomenology of hypnotic responding"), Comey et Kirsch concluent que les suggestions d'effets sont plus efficaces que les suggestions des métaphores. C'est la raison pour laquelle l'Automatic Imagination Model ne s'appuie pas sur des métaphores, mais seulement sur l'imagination des effets attendus. Pourtant, la portée de cette conclusion doit être nuancée par l'observation suivante : dans le protocole d'évaluation utilisé (le CURSS), les métaphores étaient imposées au sujet. Le modèle du clean language, pour sa part, consiste précisément à ne s'appuyer que sur les métaphores que le volontaire développe naturellement.

La définition de Bernheim

La suggestibilité, c’est l’aptitude du cerveau â recevoir ou évoquer des idées et sa tendance â les réaliser, à les transformer en actes. Un cerveau comateux n’est pas suggestible parce qu’il n’a pas d’idées. Un cerveau d’idiot est peu suggestible parce qu’il a peu d’idées. Toute idée, qu’elle soit communiquée par la parole, par la lecture, par une impression sensorielle, sensitive, viscérale, émotive, qu’elle soit évoquée par le cerveau, est en réalité une suggestion. La parole est une suggestion par voie auditive, la lecture est une suggestion par voie visuelle, une odeur désagréable qui fait fuir est une suggestion par voie olfactive, un goût répugnant qui fait rejeter un aliment est une suggestion par voie gustative, une émotion agréable qui réjouit l’âme est une suggestion par voie émotive, une caresse significative est une suggestion tactile, une sensation de faim qui donne l’idée de manger, voilà une suggestion d’origine viscérale. Toute impression transférée au centre psychique devient une idée, devient suggestive.
Tout phénomène de conscience est une suggestion. L’auto-suggestion n’est pas, comme on le croit, une suggestion qu’on se donne volontairement à soi-même, mais une suggestion née spontanément chez quelqu’un, en dehors de toute influence étrangère appréciable. Telles sont les suggestions que déterminent les sensations internes, une douleur précordiale qui donne l’idée d’un anévrisme, une céphalée qui donne l’idée d’une méningite, une faiblesse de jambes qui donne l’idée de myélite ; la plupart des conceptions hypocondriaques sont de l’autosuggestion greffée sur des sensations réelles.
Chaque cerveau d’ailleurs interprète l’impression à sa façon. Car la suggestion n’est pas un simple fait passif une simple image psychique déposée dans le cerveau. La vue d’un bel objet provoque chez les uns de l’indifférence, chez les autres de l’admiration, chez le troisième le désir de l’acheter, chez tel l’idée de le voler, chez tel l’idée de se l’approprier par des voies détournées, de façon à ne pas se compromettre. En toute circonstance, le cerveau psychique intervient activement, chacun suivant son individualité, pour transformer l’impression en idée, et pour élaborer celle-ci : chaque idée suggère d’autres idées, et ces idées se transforment elles-mêmes en sensations, émotions, images diverses : cette association d’idées, de sensations, d’images aboutit à une synthèse suggestive que chaque individualité réalise à sa façon.
De la suggestion (1884), chap. 2-1, Hippolyte Bernheim