« Dors ! » et la rupture de pattern, toute une histoire

La rupture de pattern c’est quoi ? J’ai écrit une page entière sur le sujet dans mon livre. Relisez ce passage avant de poursuivre la lecture de cet article, si ce terme ne vous parle pas complètement.

Lors de l’ouverture du forum Street Hypnose, j’ai demandé aux vingt premiers inscrits de proposer des idées d’articles. Je commence aujourd’hui par l’idée de dbuffault, qui proposait ceci :

Mon idée :
Dans les inductions instantanées on utilise « Dors » ou « Dormez » sur les ruptures de pattern. Et je me disais que ça serait intéressant d’expliquer ce que tu dis exactement, la façon dont tu le dis, le temps que ça prend..

L’hypnose, c’est avant tout un dialogue, une communication entre deux personnes. Et comme dans toute communication il y a des codes, implicites, que l’on se doit de respecter pour obtenir un résultat optimal. Parmi ces codes, on retrouve des choses très classiques : être souriant, ouvert, confiant, rassurant. Et surtout il faut avoir un discours cohérent avec la carte du monde de la personne. Cela va peut-être paraître cliché, mais 99% des personnes ont généralement les même références. Pour le meilleur, quand on évoque une merveilleuse relaxation, comme pour le pire, quand il faut passer beaucoup de temps à démystifier l’hypnose avant chaque séance.
Quand je suggère deux aimants sur les mains, tout le monde va s’imaginer que les mains s’attirent. Tout le monde ? Non, un irrésistible gaulois va me répondre qu’il sent ses mains s’écarter l’une de l’autre. Une personne un jour m’a avoué qu’elle ne savait pas qu’un ballon rempli d’hélium était attiré vers le ciel. Et plus étrangement, j’ai aussi eu plusieurs expériences de personnes qui m’ont dit « Désolé mes mains ne pourront pas se toucher, je vois comme une boule d’énergie entre elles qui s’est formée, et faire toucher mes mains serait comme écraser cette boule ». Dans tous les cas, on s’adapte !

Différence entre rupture de pattern et « confusion » sensorielle ?

Avant de rentrer plus dans le détail, je me dois de clarifier certaines choses par rapport à ce que dit David. En effet, le mot « dors » peut intervenir soit lors d’une rupture de pattern (qui provoque un « bug »), soit à la suite d’une ou plusieurs confusions sensorielles, qu’elles soient visuelles, auditives ou kinesthésiques, qui provoquent plus ou moins ce même « bug ».

Dans les deux cas, l’objectif est de laisser passer plus facilement les suggestions vers l’inconscient en passant au travers de ce qu’Elman appelait « l’esprit critique ».
Si j’ai mis le mot confusion entre guillemets, c’est parce que le but n’est pas forcément de créer un choc comme on a l’habitude de le voir avec les inductions instantanées, mais toujours de surcharger l’esprit critique.

Quoi dire ? Que faire ? Quand ?

Il faut accompagner la personne de la manière la plus naturelle qui soit. Très peu de technique. Beaucoup de savoir vivre et de savoir être. Il n’y a pas de temps idéal pour dire « dors ! », tout ne se joue pas à la demi seconde près contrairement à ce que beaucoup veulent vous laisser croire. Ce dont il faut se souvenir en revanche, c’est qu’il faut prononcer ce mot clé avec toute la confiance et la conviction dont vous pouvez faire preuve, pour que l’inconscient de la personne perçoive vraiment vos intentions et réponde favorablement à vos suggestions.

Ma conviction : on ne peut pas rater une induction. Ce que l’on rate, ce sont les suggestions.

En effet, une induction n’est au final qu’une suite de suggestions, dont la dernière est celle qui propulsera la personne dans l’état modifié de conscience désiré. C’est simplement cette dernière suggestion qui peut être mal comprise, mal interprétée voire refusée par l’inconscient de la personne. Si par exemple la personne pense qu’elle va vraiment « dormir », cette suggestion ne pourra pas passer. Si en revanche elle pense qu’il suffit de se relâcher et se détendre, il y a plus de chances pour que la suggestion passe.

Ce qui est important aussi, c’est l’approfondissement qui doit suivre immédiatement après avoir lâché le fameux mot « dors ».

Tiens, d’ailleurs.

Le mot « dors ! », un mot magique ?

Beaucoup d’entre vous croient que dire « Dors ! » est un passage obligatoire pour induire une transe hypnotique. Partout sur Internet, on entend les hypnotiseurs crier « Sleep ! » à chaque induction rapide ou instantanée.

Dors est un mot, juste un mot, parmi des centaines de milliers d’autres mots. Il n’a d’intérêt aujourd’hui que son côté historique, et le fait que les anglophones apprécient énormément ce mot qui résonne dans l’esprit des gens comme l’interrupteur de transe hypnotique. Si demain ce mot disparaissait de notre dictionnaire, rassurez-vous nous serions toujours capable d’hypnotiser aussi rapidement !

Réfléchissons une seconde

On demande à la personne de « dormir », tout en précisant qu’elle ne va surtout pas dormir. Vu de l’extérieur, on passerait presque pour des guignols. Ce mot « dors » arrive vraiment comme un cheveu sur la soupe. Et sans explication claire et précise, notre volontaire s’attendra souvent à rentrer dans un état second bien différent de son état normal, alors qu’il n’en est rien. Et on répète alors, une énième fois, qu’il s’agit simplement d’un état de relaxation agréable dans lequel il continuera d’entendre et ressentir absolument tout.

Croyez-moi, on se tire une balle dans le pied !

Il m’est arrivé que la personne relève la tête et rouvre les yeux juste après l’induction, en disant d’un air dépité « désolé, ça n’a pas marché ». Quoi, tu n’as pas réussi à te relâcher ? Non, en fait elle croyait que quelque chose d’extraordinaire allait se passer, et sa déception fut si grande qu’elle a pensé que l’induction avait échoué. Et puis après une explication de ce que j’attendais vraiment de la personne, tout est rentré dans l’ordre, jusqu’aux plus impressionnantes hallucinations.

Alors pourquoi persister à utiliser ce mot « dors » finalement si contradictoire ?!

Trois raisons, aussi bêtes fussent-elles, m’ont poussé à utiliser ce mot jusqu’à aujourd’hui.

  • Je n’en ai pas d’autres sous la main qui soient aussi percutants.
  • Tout le monde fait comme ça, alors cela semble presque normal et logique de faire pareil. Si même les plus grands l’utilisent, il doit bien y avoir une raison. OU PAS !!!
  • Si je souhaite apprendre l’hypnose aux gens, et que je leur propose quelque chose de totalement différent de ce dont ils ont été habitué sur Internet, ils préféreront peut-être apprendre avec quelqu’un d’autre. Perte de crédibilité évidente.

Et ce qui devait arriver, arriva

J’ai commencé à écrire cet article depuis bientôt deux semaines, et j’ai beaucoup réfléchi depuis. Et si je me forçais dorénavant à utiliser un autre mot ? Pas un mot ridicule bien sûr, mais un mot qui m’appartient, et qui a du sens. Un mot que personne d’autres n’a utilisé jusqu’ici et qui serait en quelque sorte la marque de fabrique Street Hypnose. Un moyen de se démarquer tout en restant aussi performant et efficace. Mieux encore, si toute la communauté Street Hypnose s’emparait de ce nouveau mot, l’hypnose de rue moderne pourrait prendre une toute autre dimension.

Il reste alors un problème

A moins que ce nouveau mot soit très explicite, il sera toujours nécessaire de prendre le temps d’expliquer à la personne ce que l’on attend d’elle lorsque l’on prononcera ce mot clé.

Mais, l’énorme avantage, c’est qu’on évitera ainsi les mauvaises interprétations de l’ancien mot clé « dors ».

Ce nouveau mot, il me le faut !!

Faites travailler votre imagination, et commentez juste en dessous avec toutes les idées qui vous passent par la tête !

[Rajout de l’auteur] Aujourd’hui, en 2014, je n’utilise plus du tout le mot dors mais le mot « maintenant ».